‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 278 sur 341 · Troisième siasimon, v · texte numérisé non relu

Troisième siasimon, v

2. Le chant qui accompagae et suit le départ d'Iphigénie, y. 1510- 1531, a paru suspect à Kirchhoff et à Arnoldt (Chor, Technik, p. 296> 291). Ce dernier se demande comment un chant général du chœur, qui n'est pas un atasimon^ peut se trouTer à cette place, immédiate* ment ayant la catastrophe. C'est en effet une irrégularité. Mats pour* quoi ne pas admettre cette irrégularité de la part d'un poète qui a tant aimé la variété ?

Étrangères à l'Argolide et à la famille d'Âgamemnon, ces femmes ne peuvent être que médiocrement touchées par une action dont le hasard les a rendues témoins et où aucun de leurs intérêts n'est en question. Le chœur de Vlphigéme à Aulis ressemble beaucoup, sous ce rapport, au chœur de VAndramaque^. De même que les Bacchantes , Vlphigéme est une des productions de la vieillesse du poète. Or, comme le • chœur de la première de ces tragédies est aussi passionné pour Faction que l'autre y est indifférent, ne seraitr-on pas déjà tenté de croire que la chronologie n'a rien à voir avec le rôle du chœur chez Euripide ? Il importe cependant de ne point conclure trop vite et de continuer notre enquête. En groupant à côté des pièces jouées après la mort du poète celles de ses dernières années dont on connaît soit la date exacte, comme pour VOreste^ qui est de 408, soit la date approximative, comme pour les Phéniciennes , qui sont à peu près du même temps, peut-être arriveronsnous à nous éclairer.

Les jeunes Argiennes du chœur d'Ores te sont profondément dévouées à Electre et à son frère ; et il faut qu'elles le soient, puisque, sous leurs yeux, se tramera un complot qui n'aura pas seulement besoin de leur discrétion, qui réclamera encore leur con-

1. Il est Trai quo la pièce, jouée par les soins d*Euripide le Jeune après la mort de son père, a pu être remaniée ; mais ces remaniements n'auraient éyidemment pas porté sur l'ensemble du rôle du chœur. On suspecte seulement avec raison l'authenticité de la seconde partie de la parodos^ ce dénombrement qui rappelle trop celui du second chant de V Iliade (voir la notice de M. Weil sur Vlphigénie à Aulis, et la note au yers 231).

cours. Pendant^ qu'Oresle et Pylade pénètrent dans le palais pour tuer Hélène, ce sont les femmes du chœur qu'Electre charge de faire le guet*. Au moment où Ton suppose que le meurtre va se consommer, ce sont elles aussi qui, pour prévenir les soupçons des Argiens, essaient d'étouffer les cris d'Hélène sous le bruit de leurs danses et de leurs chants '. Où trouver dans la tragédie grecque, si l'on excepte les Euménides d'Eschyle, un chœur qui soit plus mêlé à l'action que celui-là? Il n'en est pas non plus qui ait plus de part au dialogue. Dans ce long drame, un des plus étendus qu'Euripide ait composés % le chant proprement choral n'est représenté que par deux morceaux assez courts \ tandis qu'un plus grand nombre de vers sont dans la bouche du coryphée et de différents choreutes. La parodos d'abord, pendant laquelle les fidèles amies d'Electre s'avancent sans bruit, demandant des nouvelles du malade à sa sœur qui veille à son chevet, est un dialogue très coupé et qui se prolonge. Chose plus remarquable, particularité unique dans le théâtre d'Euripide ^ le troisième siasimon^ au moment où on l'attend, est remplacé par un dialogue à la marche rapide, dont les paroles s'échangent entre Electre, le coryphée et les chefs des demi-chœurs*. Cette

1. Elles se séparent pour cela en deux groupes qui Tont se poster à des points différents, t. 1251 et suiv.

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