‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 288 sur 341 · Vera · texte numérisé non relu

Vera

destruction de leur ville par Hercule*, soit qu'elles s'attachent au souvenir tout récent de la dernière nuit d'Ilion', ou qu'en pensant à ce qui les attend elles lancent des imprécations contre Ménélas et contre Hélène', le sujet de leurs chants, sous des aspects variés et des formes inépuisables, reste toujours le même : Troie, Troie surtout les occupe. Derrière la vieille reine déchue et assiégée de malheurs, derrière Andromaque et Cassandre, il y a un peuple troyen, meurtri, mutilé, dont ces femmes sont les survivantes. Les douleurs de la famille de leurs princes se perdent donc pour elles dans la douleur de tous. Or, ne convient-il pas que cette situation générale qui sert de cadre à l'action particulière du drame ne soit point oubliée, et n'est-ce pas là ce que le poète a cherché par les chants du chœur? Hécube, après avoir pleuré Astyanax, pleure, elle aussi, cette Troie incendiée qui s'écroule : au déchirement de ses malheurs domestiques se mêle le désespoir de la ruine commune. On comprend donc que les paroles du chœur, qui est peuple, ne soient souvent qu'une sorte de complainte lugubre sur sa destinée, sur celle de la patrie expirante, et qu'il chante, comme on l'a dit*, « l'hymne funèbre de Troie* ».

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