De la danse
5. Il n'y a aucun témoignage analogue ni pour Eschyle , ni pour Sophocle.
LE LYRISME. 469
collaborateurs qu'on lui prêtait : la part qu'ont pu avoir, dans son œuvre musicale, Céphisophon et Timocratès d'Argos, si leur collaboration a été réelle ', est évidemment impossible à déterminer. Mais les rapports qui unissent le lyrisme d'Euripide à celui de Sophocle, tout en restant moins obscurs, sont cependant d'une nature très délicate. En comparant Eschyle à ses deux successeurs, on peut bien voir en quoi son lyrisme diffère du leur; mais, quand Sophocle et Euripide se ressemblent, en différant d'Eschyle, comment savoir lequel des deux a innové et par qui a été opérée la transformation que l'on aperçoit? Il serait donc téméraire de se persuader qu'Euripide a manqué d'invention dans les coupes du chœur et dans l'emploi des rythmes, comme s'il était l'héritier de Sophocle, et non — il ne faut pas craindre de le répéter — son contemporain.
Le sujet que nous allons étudier se divise en deux parties essentielles. Il faut distinguer l'élément choral, c'est-à-dire les morceaux chantés soit par l'ensemble, soit par les divisions du chœur, de l'élément scénique qui comprend les duos et les monodies. Commençons par l'étude de l'élément choral.
1. Aristophane, fragm. 580, parle seulement de Céphisophon. Il n'est question de Timccratès que dans la Vie anonyme, p. 2. I. 2, Schwartz.
Les formes et les rythmes des diverses parties du chcevr.
Quand Euripide se lit connaître au théâtre, le dialogue dramatique avait déjà pris un tel développement, que la réduction des chants choraux devait être un fait accompli. Us ne tiennent, en effet, guère plus de place dans ses premières que dans ses dernières pièces. On sait que la proportion du chœur par rapport à l'étendue du drame, qui va quelquefois au delà de la moitié chez Eschyle, est, chez ses successeurs, de moins d'un tiers, ou d'un quart environ ^ Mais on essaierait inutilement d'assigner une date, même approximative, à ce changement, qui ne s'opéra sans doute que graduellement. Chez Eschyle lui-même, cette proportion n'a rien de fixe, et semble dépendre surtout du sujet que le poète a choisi. Si, dans les Suppliantes, sur 1074 vers, 550 sont dans la bouche des choreutes, n'est-ce point parce que le chœur est là le personnage principal? Si, au contraire, dans le Prométhée^liO vers seulement sur 1093 sont chantés par le groupe des Océanides, n'est-ce pas pour la raison que les Océanides n'ont qu'un rôle efiacé dans le drame, où le Titan seul doit fixer l'intérêt et l'attention? Le chœur du Prométhée est cer-
i. Le Philoctete de Sophocle, par exemple, renferme 380 rers lyriques sur un total de 1471 ; les Trachiniennes^ 328 sur- 1280. Ces pièces sont, il est Trai, aycc VCEdipe-Roi, celles où rëlëmcnt lyrique tient le moins de place.
tainemcnt une exception parmi les pièces conservées d'Eschyle ; mais qui nous garantit que, parmi celles qui sont perdues, il n'y en eût pas d'autres qui fussent construites d'une façon analogue et où le chœur eût aussi peu de développement? On ne saurait, en tout cas, attribuer à Euripide, pas plus qu'à Sophocle, l'initiative d'une modification dont Eschyle offre déjà un premier exemple, et que le goût public finit — on ne sait quand — par consacrer.
En 433, date de la représentation des premières pièces d'Euripide, l'organisation du chœur tragique était achevée et définitive : l'augmentation du nombre des choreutes porté de douze à quinze, augmentation attribuée par la tradition à Sophocle, remonte aux dernières années de la carrière d'Eschyle et ne saurait être mise au compte d'Euripide. Mais plusieurs de ses tragédies offrent l'exemple d'un fait qui parait étranger au théâtre de Sophocle : c'est la présence sur la scène, à certains moments, d'un chœur acces^ soire^ tout à fait distinct du chœur principal, qui se tient dans l'orchestre. Quand Hippolyte fait son entrée, il engage ses compagnons de chasse à entonner un hymne en l'honneur d'Artémis*. Cet hymne est très court; il n'a pas plus de huit vers. Est-ce une raison pour supposer que la suite d'Hippolyte était composée de personnage^ muets et que le vrai chœur chantait derrière la scène? Cette hypothèse* ne s'accorde pas avec ce que nous savons d'autres tragédies. Dans le PhaéthoUy les jeunes filles qui chantaient l'hy-