I. Vers
il traite les formes de la parodos, si variées chez lui que c'est à peine s'il en est trois ou quatre qui se ressemblent.
Cette multiplicité des formes entraînait celle des coupes et celle des rythmes. La Médée seule nous offre un exemple de la réunion de toutes les parties dont pouvait se composer le chant d'entrée du chœur, puisque la strophe et l'antistrophc, suivies d'une épôdoSj y sont précédées d'une proôdos. Ce morceau de la proôdos, destiné à préparer l'attention, bien qu'il ne renferme pas ici le thème mélodique qui se développait ensuite ^ est une exception unique dans le théâtre d'Euripide comme dans celui de Sophocle. Quant à l'épode, qui n'est pas rare chez Jes deux poètes, parce que l'épode se prêtait facilement à la conclusion de morceaux lyriques qu'on ne voulait ni trop courts ni trop étendus*, elle est employée une fois par Euripide, dans la parodos des Phéniciennes, comme elle l'avait été dans celle ÔLAgamemnon, c'est-à-dire qu'au lieu de terminer le chant, elle s'interpose entre deux parties de rythme différent', pour servir de transition de l'une à l'autre. Euripide revient par là à l'un des procédés de l'art d'Eschyle. Mais il n'a pas besoin de déployer autant d'habileté que son prédécesseur dans l'agencement et l'entre-croisement symétriques des divers membres
1. La proôdos est dactylique; la strophe et l'antistrophe sont logacdiques. Il n'en était pas de mémo chez Eschyle.
2. L'épode la plus développée est colle des Bacchantes, y. 135-167.
3. La première couple de strophes, ▼. 202-225, est logaédiqne; la seconde, t. 239-260, est trochaïque. L'épode se place dans l'intervalle, V. 226-238.
de la parodoSy les éléments qu'il met en œuvre étant beaucoup moins nombreux. Une ou deux paires de strophes lui suffisent; il semble ne pas avoir Tambition d'en faire chanter trois à son chœur*. Et même ces strophes qu'il ne veut point multiplier, il va quelquefois jusqu'à les supprimer entièrement. Dans Eécube et dans Iphigénie en Tauride, la forme strophique de la parodos a disparu pour faire place à des systèmes développés d'anapestes. Cette liberté prise par le poète a sans doute ses raisons : le coryphée A^Bécube chante seul, et pour Iphigénie, l'emploi d'anapestes irréguliers, mêlés de spondées et de trochées, est bien en rapport avec le caractère de la parodos qui, nous l'avons dit, est un véritable thrène. La suppression de la strophe traditionnelle dans un morceau qui, de sa nature, est un chant auquel le chœur entier doit participer, est-elle un fait nouveau à cette époque? On ne saurait l'affirmer; mais il n'y en a pas d'exemple en dehors du théâtre d'Euripide.
Plus libre d'allure que les stasima, la parodos est aussi plus riche en mètres, s'il ept possible. L'élément logaédique, dont on a peut-être exagéré la prédominance dans l'œuvre lyrique d'Euripide, est loin, si l'on considère ce premier chant du chœur, d'y occuper autant de place que l'ensemble des autres rythmes qui, docilement, quand il est nécessaire, accourent à la volonté du poète. Nous l'avons vu
1. Il n'y en a qu'un exemple, dans les Bacchantes; car celui à' Iphigénie à AxUis esc probablement le fait d'un remaniement ou d'nne interpolation.
faire, à safantaisie, usage de systèmes anapestiques ; ailleurs, il enferme ces mêmes anapestes dans des strophes rég^ilières, seulement coupées par un dialogue*. Ce dialogue est-il très animé, mêlé d*une vive émotion, comme pour les Héraclides et VOreste^ c'est le mètre dochmiaque qui est appelé à rendre c« trouble. La mesure trochaïque, aimée d'Eschyle, presque délaissée par Sophocle qui ne l'emploie qu en l'unissant à d'autres, reparaît plusieurs fois chez Euripide, surtout dans la parodos des Phémciennes où elle a un caractère assez particulier pour que les métriciens lui aient donné un nom spécial : ils rappellent le « mètre euripidéen ». Après Eschyle encore, Euripide se sert de la mesure ionique, on vue des effets propres à ce genre de rythmes. Surtout, comme l'avait fait le poète des Suppliantes et des Perses^ il veut que la variété ou les progrès des sentiments du chœur, pendant le cours de la parodos, soient rendus par des changements de mètre. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que les deux premières strophes des Bacchantes, qui sont ioniques, sont suivies d'une strophe, d'une antistrophe et d'une épode logaédiques. Une étude attentive du texte grec serait seule capable de faire comprendre le rapport que cette succession de mètres divers peut avoir avec les sentiments que tour à tour exprime le chant. C'est là du reste une chose qui n'est pas rare non plus chez Sophocle où, en particulier, la seconde partie de la parodos A' Œdipe à Colone est si irrégu-