‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 306 sur 341 · Dans les Troyennes · texte numérisé non relu

Dans les Troyennes

lière qu'elle ne comprend pas moins de cinq mètres différents. Sur ce point, plus encore que sur les autres, il est impossible de deviner en quoi Euripide a pu se distinguer de son rival, et Ton doit se contenter d'admirer à ce propos la richesse merveilleuse des ressources dont disposaient, dans leur rôle de poètes lyriques, les tragiques, alors qu'ils avaient à exprimer soit les fluctuations, soit les nuances variées du sentiment et de la passion.

Si le premier chant du chœur prend quelquefois la forme d'un dialogue lyrique avec les personnages de la scène, il ne faut pas s'étonner de rencontrer cette même forme dans le cours de la pièce, alors que l'action a progressé et que les choreutes, envahis par les émotions du drame, ne peuvent vraisemblablement plus observer le calme nécessaire à la belle ordonnance d'un chant régulier, mais laissent éclater librement le tumulte de leurs impressions individuelles. Ceux de ces commoi qui justifient le mieux leur nom, sont de vraies lamentations, qui font penser à celles des femmes grecques dans les jours de funérailles. Le thrène des Sepi^ celui des Choéphores^ celui des Perses surtout, oîi Eschyle avait voulu que les oreilles des Athéniens entendissent les airs des pleureurs asiatiques t, devaient sans doute quelque chose à la tradition populaire de ces cantilènes funèbres dont la fin du vingt-quatrième chant de V Iliade peut donner une idée. La mélodie y avait nécessairement plus d'importance que la poésie. Est-ce pour cette raison

1- Perses j 936, Weil : xaxo|i£XsTOv làv MapiavSuvoO ôpTjvij- Tîipoç.

que Sophocle ne s'est pas exercé en ce genre, que rappelle cependant un instant chez lui la partie de scène où Electre répond par des interjections et des gémissements de douleur au chœur, qui essaie de la consoler de la mort annoncée d'Oreste? Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que les commoi funèbres, absents de Tœuvre de Sophocle, ont leur place dans celle d'Euripide.

Thésée devant le cadavre de Phèdre, Pelée devant celui de Néoptolème, Hécube devant les restes d'Astyanax, Adraste devant les corps des chefs argiens, entonnent sur le rythme dochmiaque, ou sur le rythme iambique, si bien appropriés au trouble et aux déchirements de la douleur, un hymne plaintif auquel s'associent plus ou moins complètement les choreutes. Dans Andromaquey si ceux-ci interrompent la lamentation de Pélée, c'est moins pour pleurer avec lui le mort qu'ils ont sous les yeux, que pour offrir au vieillard des paroles de sympathie et de consolation : le thrène, à proprement parler, est plutôt chanté par Pélée que par eux-mêmes ^ Le rôle principal, dans le commos de VHippolyte, appartient de même à Thésée, dont la plainte développée est seulement encadrée entre deux courts morceaux du chœur*. Mais, dans les Troyennes, les femmes qui gémissent sur le corps sanglant d'Astyanax entrecoupent leurs adieux au jeune mort de plaintes aiguës, d'hélas! répétés et prolongés, qui avivent et font éclater à nouveau la

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