‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 312 sur 341 · WeU · texte numérisé non relu

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3. Nous ayons eu l'occasion de signaler ces passages dans la pre-

paraissent hors de propos, voilà, dans les chœurs d'Euripide, tout ce qui peut être mis au compte de l'esprit philosophique du poète '.

C'est peu, si l'on considère l'ensemble de son œuvre, qui est très étendue; cela suffit cependant, pour distinguer, à l'égard des idées, la poésie de ses chœurs de celle des autres tragiques. Les personnages du chœur chez Eschyle et chez Sophocle sont, en toute circonstance, pleins de respect pour les dieux, devant lesquels ils tremblent ou dont ils invoquent le secours contre les malheurs qui menacent les héros de la scène; ils n'ont envers eux aucun sentiment de révolte ou de colère. Pleins de foi dans les fables mythologiques qu'ils tiennent de la tradition, quand ils les citent, ils le font en toute simplicité d'esprit. Leurs idées morales sont celles qui avaient cours de leur temps, et en les exprimant, avec plus de noblesse, ils n y introduisent nul raffinement, nulle subtilité. Le chœur d'Euripide, au contraire, est quelquefois ce qu'est le poète qui le fait parler : un raisonneur et un philosophe.

Quand il oublie de philosopher dans ses chœurs

mièrc partie de ce volume, chap. I et chap. II. H n'y a pas lieu d'y revenir.

1. M. Mahaflfy {Hist. ofgreek Liter, I, Poets, p. 324) a cru remarquer que les vues personnelles du poète se trouvent « dans la première strophe et antistrophe de ses chœurs, qui d'ordinaire exprime des sentiments généraux ». Cette observation n'est pas toujours jastifiée par les faits. C'est dans l'antistrophe 2 du second stdsimon d'Electre que le poète fait dire au chœur qu'il ne croit pas au miracle de l'agneau ni du soleil changeant de direction. Le reproche adressé par le chœur des Troyennes à Jupiter, t. 845 et 8uiv« se -trouve également dans la deuxième antistrophe.

— el cela lui arrive très souvent — Euripide y développe des idées morales qui ne diffèrent guère en elles-mêmes de celles qu'on rencontre chez les autres tragiques; il les développe seulement avec moins d'ampleur et de force qu'Eschyle, d'une façon moins suivie que Sophocle. On ne trouverait pas dans son œuvre un seul morceau lyrique qui, comme le premier stasimon d'Antigoney soit tout rempli d'une seule et même idée abstraite : ses chœurs n'ont point cette teneur. Manquc-t-il donc d'habileté dans l'art d'ouvrir les idées et de montrer ce qu'elles contiennent? Il est plus exact de dire que, pour les chœurs, il s'est fait une règle d'éviter la continuité trop prolongée des abstractions : énonce-t-il, dans la première couple de strophes, une pensée générale, il se hâte, dans la seconde, soit d'en montrer l'application au drame, soit d'en chercher la confirmation dans des exemples empnmtés à l'histoire légendaire du passé. Quand les choreutes de VHippolyte se sont demandés ce qu'il faut penser de la providence divine, ils laissent voir aussitôt que ces réflexions leur sont inspirées par Texil immérité du fils de Thésée*. Les mêmes choreutes ne chantent, dans deux périodes lyriques, le pouvoir funeste d'Éros que pour évoquer, dans un morceau symétrique au premier, l'image de l'union fatale dlolé avec Hercule et de celle de Sémélé avec Bacchus*. D'abstrait qu'il était d*abord, le développement devient donc concret ;

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