Troisième «/a«tmon, 1104-1117; in
2. Promior stasimon, 525-544, strophe et antistropho 1. Les exemples sont dans la strophe et Tantistrophc 2, t. 515-564.
mais, si le ton change, comme le thème reste le même, l'impression est une. Cette recherche de la variété de ton, poussée à l'extrême, conduit, il est vrai, parfois à un elFet différent. On pourrait citer quelques morceaux où le chœur, avec une singulière mobilité, saute de strophe en strophe, d'une idée à une autre, amusant et distrayant l'esprit par ses caprices, et ne lui laissant à la fin que de légères et flottantes impressions. De tels passages cependant sont des exceptions assez rares ' pour qu'ils ne puissent servir à caractériser l'art d'Euripide.
Ce moraliste fait peu de place à la moi-ale dans les chants de ses chœurs : la part des sentiments dramatiques, celle surtout des tableaux et des images y est beaucoup plus grande que la part des réflexions abstraites.
Le chant des mères ai^iennes devant les cadavres de leurs fils nous offre l'exemple d'une plainte largement développée : « Je n'ai plus d'enfant, je n'ai plus de fils ! Nul bonheur désormais pour moi parmi les Argiennes qui ont enfanté ! Artémis qui veille aux accouchements ne saurait regarder des femmes qui ne sont plus des mères. C'est au malheur qu'est vouée mon existence, et, pareille à une nuée errante, je deviens le jouet des vents et de la tempête. — Nous étions sept mères qui avions mis au monde sept fils, infortunées! des fils les plus illustres d'entre les Argiens. Et maintenant, sans enfants, je vieillis la
1. On peut seulement citer le dwxnèmo stasimoîu d'Hercule, t.637- 100; le troisième des Héraclides, 892-927, et d'Andromague 766-801 le premier d'Iphigifnie en TauricU, 393-453, Weil.
plus misérable des femmes, ne comptant ni parmi les morts, ni parmi les vivants, réduite à un sort qui n'est ni la vie, ni la mort. — Il ne me reste que les larmes. De mon fils, dans la maison, il n'y a plus que des souvenirs de douleur : cheveux coupés en signe de deuil, couronnes funéraires, et, comme libations à ceux qui ne sont plus, des chants que le dieu à la chevelure d'or, Apollon, n'agrée pas. Gémissante dès le point du jour, je ne cesserai d'arroser de mes larmes les plis toujours humides du voile qui couvre ma poitrine*. » L'expression du sentiment n'est pas partout simple dans ce morceau et ce n'est pas la nature seule qui parle ; mais le flot de douleur s'y épanche avec la plénitude et l'abondance qui conviennent aux femmes. Ailleurs, quand ce même chœur est dans l'attente des événements et que Tinquiétude le domine, ses chants plus courts, divisés en strophes iambiques de quatre vers, ses phrases brèves, coupées, trahissent par leur forme les émotions dont il est possédé'. Les chants passionnés, qu'anime un sentiment puissant et qu'entraîne un mouvement rapide, ne sont donc pas aussi étrangers à l'œuvre d'£uripide qu'on le croit généralement. Sans parler des Bacchantes qui nous occuperont plus loin, faut-il rappeler les souhaits ardents de victoire du chœur des Héraclides^f et ses invocations pressantes aux dieux protecteurs? Faut-il citer la supplication que le chœur à'Oreste adresse aux Erinyes?