Second siasimon (strophes dochmiaques), ▼. 676 ci suiv
giquc et qu'Euripide, pas plus que ses rivaux, n*a garde d'oublier. Mais tandis que Sophocle traite les mythes sommairement S d'ordinaire en une strophe, ou qu'il se borne à les indiquer en passant par quelques traits rapides*, Euripide s'y attache, y arrête complaisamment son imagination, et en évoque les détails avec une puissance qui les fait revivre.
Rien n'était plus célèbre dans l'antiquité que la scène des noces de Pelée et de Thétis sur le mont Pélion. Et pourtant, ni les vers de Pindare dans sa cinquième Néméewie, ni YÊpithalame de Catulle, ni la grande amphore du Musée de Florence ne nous en donnent une image pareille à celle qu'a retracée Euripide, en un chœur de son Iphigénie : « Quel chant d'hyménée, aux sons de la flûte libyenne, accompagné de la cithare chère aux chœurs et des roseaux sonores, a retenti, le jour où sur le Pélion les Piérides à la belle chevelure, près du banquet des dieux, frappèrent, de leurs sandales d'or, la terre en cadence, accourues aux noces de Pelée, et de leurs accents mélodieux glorifièrent Thétis et le fils d'iEaque, sur la montagne des Centaures, dans la forêt du Pélion ! Le rejeton de Dardanos, délices de la couche de Jupiter, le Phrygien Ganymède puisait les libations dans les flancs des cratères d'or. Le long du rivage, sur le sable blanc, les cinquante filles de Nérée for-
i. Dans les Trachiniennes, le récit de la lutte d'Achéloof et d'Héraclès pour la possession de Déjaniro est assez longuement déTcloppé (v. 503-530) par le chœur; mais ce récit est en rapport avec le aujet même de la pièce.
2. Quatre vers, par exemple, suffisent au chœur du PhiloctèU (676- 680) pour rappeler le supplice d'Ixion attaché à la roue.
mant leurs rondes, dansaient la fête nuptiale. Appuyée sur des lances de sapins, couronnée de vert feuillage, la troupe équestre des Centaures était venue assister au festin des dieux et boire au cratère de Bacchos^ » Cette scène brillante et animée, avec ses personnages multiples et ses harmonies variées, cette fête idéale, telle que pouvaient la rêver des Grecs, n*est nulle part décrite comme elle Test ici. C'est également à un chœur d'Euripide que Ton doit Tunique description que nous ait léguée l'antiquité de cette région merveilleuse de l'Occident vers laquelle l'imagination, fuyant les misères de la réalité, aimait parfois à s'envoler, pour s'y perdre éblouie, dans le rayonnement d'une éclatante vision : « rivage aux fruits d'or des Hespérides harmonieuses, là où le souverain des flots ne livre plus, sur la mer agitée, de passage aux matelots arrivés à ce seuil auguste du ciel gardé par Atlas, et où les sources d'ambroisie coulent de la chambre nuptiale de Jupiter^ tandis que la terre divine prodigue aux dieux ses présents féconds et ses trésors de félicité* ». La strophe grecque a ici l'abondance, la plénitude, la richesse de son objet.
Il n'en est pas autrement alors que le poète veut peindre les contrées réelles qui ont servi de théâtre aux légendes divines. Tel ce paysage béotien où se place la naissance extraordinaire de Bacchus ; cette nature plantureuse, avec sa végétation luxuriante, la fraîcheur de ses pâturages et de ses sources, « ses