‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 321 sur 341 · Mëdée · texte numérisé non relu

Mëdée

S. Eéeube, 914-941.

n'est cependant pas fait tout entier de grâce légère et de fines délicatesses : son lyrisme a des moments de puissance et d'éclat. Quelle vigueur dans ce rapide tableau de Tunion d'Hercule et dlolé ! « Dans Œchalie, la jeune cavale qui n'avait point connu le joug, vierge encore et étrangère à la couche nuptiale, fut jetée par Eros dans le lit du destructeur de sa maison (?), quand, é'chevelée comme une Bacchante des enfers, parmi le sang et les flammes, au son des cris de mort, Vénus Tunit au fils d'AIcmène. Infortunée, quel hynme nuptial ^ ! » Que de mouvement encore dans ces strophes d'un stasimon à* Hercule! « Les chœurs, les joyeux festins occupent aujourd'hui toute la sainte ville de Thèbes. Plus de larmes, plus d'infortunes, mais des chants d'allégresse! C'en est fait du nouveau tyran. . . Isménos, couronne-toi de Heurs ! Ville auK sept portes, que tes rues brillantes s'emplissent de chreurs de danse ! Dircé aux belles eaux courantes, vous aussi, nyjnphes de TAsopos, sortez du fleuve paternel pour venir chanter ensemble le glorieux triomphe d'Hercule! 0 rochers boisés de Delphes, ô sanctuaires des Muses héliconiennes, retentissez d'accents joyeux en l'honneur de ma patrie...*! »

C'est surtout le sentiment de la religion deBacchus qui imprime un rapide élan à la poésie d'Euripide, en lui communiquant sa flamme et ses transports. Déjà dans Hélène^ le chœur célèbre la vertu puissante

1. Hippolyte, 54)S-554. Traduction donnée par M. Weil, dans la note du yers 545. Le texte est altéré au milieu de la strophe.

4e la nébride, et le lierre verdoyant qui s'enlace autour de la férule sacrée, et la chevelure dénouée par le délire de Bromios, et les fêtes nocturnes de la déesse Cybèle *. Dans les Bacchantes y comme il fallait s'y attendre, les mômes images se présentent à l'esprit du chœur, plus pressées, plus éclatantes, avec l'impétueux mouvement qui emporte les âmes comme les corps des adoratrices de Bacchus. Ce qu'elles chantent d'abord, c'est la joie où les plonge leur union mystique avec le dieu; elles lancent ensuite un appel pressant à cette ville de Thèbes qu'elles veulent conquérir, comme le monde entier, à leur maître. « 0 Thèbes, nourrice de Bacchus, couronnetoi de lierre. Couvre-toi, couvre-toi du smilax verdoyant aux belles grappes, et pare-toi pour le dieu de rameaux de chêne et de sapin. Revêtue de la nébride tachetée, la tête ornée de la laine des blanches toisons, saisis la férule des fureurs bacchiques et porte-la pieusement. Bientôt toute la contrée prendra part à la danse, quand Bromios entraînera le thiase à la montagne, à la montagne, où l'attend la troupe des femmes, arrachées à leurs toiles et à leurs fuseaux par l'aiguillon de Dionysos *. » Et ensuite, cette montagne du Cithéron, théâtre des orgies dionysiaques, l'imagination enflammée des Bacchantes se la représente avec la fête tumultueuse qui s'y répand, qui se déchaîne sur ses pentes et dans les profondeurs de ses ravins, emportée, aux excita-

1. 1357-1365. Nous avons dit d'ailleurs que ce déyeloppement n'est pas à sa place.

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