‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 325 sur 341 · Suidas : (jLOvcodcîv* to Opvtîv · texte numérisé non relu

Suidas : (jLOvcodcîv* to Opvtîv

LES MONODIËS. 523

Celui-ci est le roi de la monodie : les railleries même d'Aristophane attestent le succès qu'il y a remporté. Depuis VHippolyte jusqu'à VIphigénie à Aulis^ pendant une période de près de vingt-cinq années, il est peu de tragédies oh Euripide n'ait mis dans la bouche de quelqu'un de ses personnages un de ces morceaux où le chant, avec son accompagnement de flûte, donnait à la poésie un accent plus pénétrant. Il semble avoir déployé là toutes les ressources de son art, de même que les acteurs, forcés de posséder un double talent, y montraient toute leur virtuosité. Les monodies d'Euripide valent donc la peine qu'on s'y arrête quelques instants *.

Elles ont leur place à divers endroits du drame. Il est cependant remarquable que plusieurs font partie du prologue* et précèdent immédiatement la parodos. Les spectateurs des pièces d'Euripide devaient goûter vivement la musique dramatique puisque le poète ne craint pas de leur faire entendre un long solo de chant suivi, sans interruption, du concert des voix du chœur. Il est vrai qu*au total, le chant n'est point ainsi plus développé qu'il n'était dans les parodoi d'Eschyle : une sorte de partage s'est établi seulement entre le chœur et la monodie, celle-ci s enrichissant de ce que celui-là a perdu. Elle a d'ailleurs un caractère difTérent. Dans la tragédie grecque, le chant choral n'est passionné que par exception, tan-

1. Sur ce sujet, voir Fritzsche, de nionodiis Euripideis, Dissert. 1842; Hartung, Euripides restitutus, I, de canticù Euripideis, p. 439, sqq.; H. Schmidt, die Monodien und Wechselgesang,..

2. Hécube, 59-97; Electre^ 112-166; Troijennes, 9S-152; Ion, 82-

dis que la monodie est toujours, ou presque toujours, pathétique. Seul le jeune Ion, au commencement d'un drame qui est du reste une sorte de tragi-comédie, exprime des sentiments calmes et doux. Partout ailleurs, les solos sont des chants de douleur. Cette douleur varie seulement de degrés, d'intensité. Les deux monodies d'Hécube *, les deux monodies d'Electre *, celle d'Évadné dans les Suppliantes^, celle d'Antigone dans les Phéniciennes ^, celle àUphiginie à Aulis • sont toutes de véritables thrènes ; que les héroïnes pleurent devant des cadavres, ou que, condamnées à mourir, elles gémissent sur elles-mêmes, ou encore qu'elles déplorentseulement la ruine d'une patrie et le bonheur perdu. D'autres fois, la monodie exprime les émotions les plus désordonnées. Tel le chant de Cassandre en délire qui, dans des phrases brèves, précipitées, où le lien des mots est souvent brisé •, sur un rythme d'un mouvement rapide, saccadé, célèbre en dansant, possédée dune allégresse qui serre le cœur, son hymen avec Agamemnon:

« Levez, approchez la torche! éclairez mes pas! J'observe le rite sacré et je fais resplendir de lumière ce temple du dieu. Hymen, ô roi Hyménée ! Salut, salut! Heureux l'époux, heureuse aussi l'épouse, moi

1. Dans Hécuàe, 59 et suit, et dans les TroyenneSy 98 et suiv.

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