‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 338 sur 341 · papu6pittcav OicoTut&Tcàvciiv (t · texte numérisé non relu

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LA MUSIQUE. 5ia

lyriques des tragédies d'Euripide, on ne veut considérer que l'élément qui nous reste, la poésie, il est certain qu'on ne sera pas toujours satisfait. Mais Eschyle lui-même ne résisterait point à un tel pro* cédé de critique. Le long thrène qui termine les Perses a-t-il, comme poésie, une grande valeur? N'est-ce pas surtout un morceau musical qui devait au chant toute la puissance de ses effets? De même, pour Euripide, on ne saurait faire abstraction de la musique, bien que cette musique soit perdue pour nous. Dès lors, tout ce que raille Aristophane ei que la critique moderne relève après lui, ces répétitions de mots, ces accumulations d'épithètes, ces sonorités vides, qui sont des défauts à l'égard de Tart poétique, deviennent les indices vraisemblables d'intentions musicales. Pourquoi réclamer des phrases précises et liées logiquement, des mots tout pleins de force et de sens, là où le poète quelquefois n'a voulu mettre que des fioritures? Gevaert, dans son Histoire de la musique^ a justement défendu Euripide sur ce point. 11 fait observer que l'amour de la répétition est un trait caractéristique de toute poésie faite pour s'adapter à la musique, et il ajoute : « La mélodie n'est point ime narration qui passe ; c'est un mot ravissant qu on désire sans cesse entendre de nouveau, avec une nuance toujours plus profonde, plus intime. • . Par des répétitions bien ménagées, une impression à laquelle d'abord l'auditeur était rebelle, finit par s'insinuer et grandit bientôt au point d'envahir l'âme entière. » L'abondance des interjections lui paraît se justifier par des considérations analogues. « Dans

leur impétuosité irrésistible, dil^il, les passions s*expriment mieux par des sons à peine articulés que par des paroles ^ » Avec Gevaert nous sommes disposé à croire, bien que la plupart des pièces du procès nous manquent, qu'Euripide, comme poète musical, a été injustement maltraité par Aristophane. Si ses chœurs, ses monodies surtout ont des défauts — et ces défauts qu'il ne faut point grossir ne se peuvent cependant contester, — c'est aux exigences de la musique qu'il faut s'en prendre plutôt qu'au talent du poète.

Vers le temps, en effet, de la guerre du Péloponèse, la musique, devenue ambitieuse, ne se contente plus du rôle subordonné, presque effacé, qu'elle avait dans le drame ; elle réclame une place d'honneur à côté de la poésie dont elle prétend s'émanciper. Euripide lui donne cette place dans ses monodies. C'est que l'art musical du vieux temps s'est transformé, qu'il a acquis une richesse, une variété, une puissance d'expression inconnues jusqu alors. Bien des gens à Athènes s'étonnent de ces changements, s'en inquiètent, s'en scandalisent, et y résistent ouvertement. Euripide les encourage. On raconte qu'un jour où le poète dithyrambique Timothéc fut sifflé pour des innovations qui paraissaient violer toutes les lois de la musique, Euripide qui était là lui dit d'avoir bon espoir; car « il ne se passerait pas un long temps avant qu'il ait fait l'entière conquête du public' ». Ce Timothée qui ajouta une douzième

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