‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 49 sur 341 · Eumén., 612. WeU · texte numérisé non relu

Eumén., 612. WeU

généalogies divines, ni d'identifier Thémis avec GaBa, « être unique sous beaucoup de noms »S laissant entendre ainsi qu'il y a beaucoup moins d'essences divines que de noms divins. A ses yeux encore, Zeus est à la fois Téther, la terre, le ciel, toutes choses et ce qu'il y a au-dessus de toutes choses* ; conception aussi noble qu'elle est contraire à la foi du vulgaire. Les hardiesses religieuses d'Eschyle ont donc précédé les hardiesses sceptiques d'Euripide, et, au temps de ce dernier, les esprits étaient préparés à entendre, même au théâtre, mettre en question ce qui touche aux dieux. Mais, dans cette voie où il n'était pas entré le premier, Euripide devait marcher plus résolument et aller plus loin que ses devanciers.

Il fut, il est vrai, soutenu par l'esprit de son temps. L'ignorance où nous sommes des dates exactes de la vie des sophistes et de celles d'un grand nombre de tragédies d'Euripide fait sans doute obstacle à toute détermination précise, et l'on ne peut dire si les attaques du poète contre la religion de la foule ont précédé ou ont suivi d'autres attaques. Mais il est permis de remarquer, d'une façon générale, qu'Euripide, dans la seconde moitié de sa carrière, est contemporain de Protagoras, de Démocrite, de Prodicos, de Critias, de Diagoras. Au début d'un traité qui fut brûlé avec d'autres sur la place publique d'Athènes, Protagoras déclarait qu'il lui était impossible de savoir si les dieux existent ou s'ils n'existent pas : la vie humaine lui paraissait trop courte pour arriver à la solution

1. Prométh,^ 210, si toutefois ce vers n'est pas une interpolation.

Page 1