‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 53 sur 341 · Hélène · texte numérisé non relu

Hélène

t. Iphig. A., 795-800. Le passage d'H^fène, 257-259, où il est encore question des œufs do Léda, ne peut être inroquô en témoignage : il est manifestement interpolé.

Cette disposition d'esprit se montre encore ailleurs. Dans la légende argienne d'Atrée et de ïhyesle, il est question d'un agneau à la toison d'or, animal merveilleux donné par Hermès à Atrée, et à la possession duquel est attaché le privilège de la royauté. Un jour, Thyeste dérobe à son frère l'animal, qu'il emmène dans ses étables, et il vient ensuite déclarer sur l'agora de Mycènes que le trône doit lui appartenir. Jupiter prend le parti d'Atrée : pour dénoncer aux hommes la fraude de Thyeste et attester d'une manière éclatante les droits de celui qui a été lésé, il accomplit un prodige^: il ordonne aux astres et au soleil de changer de direction. Depuis ce jour, dit-on, le soleil se lève à la place où il se couchait autrefois *. Euripide, dans un chœur à' Electre, rapporte cette légende, mais il en fait suivre le récit de réQexions fort sceptiques : « Voilà ce qu'on dit, mais j'ai bien de la peine à le croire. Gomment le soleil à la face d'or aurait-il, pour le malheur des hommes, détourné son char enflammé, et changé de route, à cause d'une faute commise par un mortel? » Et le chœur ajoute : « Les fables qui font peur aux mortels profitent au culte des divinités*. » Euripide insinue donc que les récits qui donnent la plus haute idée de la puissance merveilleuse des dieux ont été inventés par ceux qui avaient intérêt à ce que les dieux fussent redoutés.

Les légendes que nous venons de rappeler, bien que répandues parles poètes dans toute la Grèce, étaient cependant originaires, l'une de Sparte, l'autre d'Ar-

i. Plat. PoUliquey p. 268 e, 269 a, 2. Electre, 737 et suiv.

gos: n'était'il pas permis à un Athénien de s'en moquer un peu, surtout à une époque où le Spartiate, TArgien peut-être aussi, était Tennemi? S'attaquer aux légendes attiques, ou seulement ébaucher en les citant un sourire d'incrédulité, était chose plus grave. Euripide ne s'en fit cependant pas faute. Une des idées les plus chères aux Athéniens était celle de leur (mtochthonie^ qu'ils exprimaient dans la poésie et sur leurs monuments par Timage d'Érichthonios, le nouveau-né que la Terre tire de son sein pour le présenter à Athèna '. « £st-il vrai, demande le jeune Ion, qu'Érichthonios soit né du sol? » Et Créiise lui répond afPirmativement '. Mais, un peu plus loin, quand Ion s'inquiète de savoir si lui-mémé, comme Érichthonios, n aurait pas eu la Terre pour mère, Xouthos, qui est ici le porte-parole d'Euripide, lui déclare nettement et sans ambages, que c'est là une vaine prétention et que « les enfants ne naissent pas du sol » '. Vers la fin de la pièce, le poète met dans la bouche d'Ion s'adressant à sa mère une explication positive, mais assez impertinente, des amours légendaires de Creuse et d'Apollon. Créiise assure que c'est le dieu qui Tamise à mal : « Ne serait-ce pas là, dit le jeune homme, un moyen commode pour une jeune fille de dissimuler la faute qu'elle a commise avec le concours d'un mortel *? »

Non loin du théâtre de la légende de Créiise, les

1. Otf. MUllep, DerUtm, d. ait, Kunst.l, n© 214. Arch. Zeitung, 1873, pi. 63, etc.

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