Vers 1323 et suiv
Athéniens avaient élevé un sanctuaire aux £umé* nîdes*. On sait quel rôle jouent ces divinités dans le théâtre d'Eschyle, où toute une tragédie est remplie de leur action, et sous quels traits effrayants elles y sont représentées. Rien de plus vivant que les Érinyes chez Eschyle. Que deviennent-elles chez Euripide? 11 y a, dans Tun de ses drames, une scène, d'ailleurs très pathétique, qui nous fait assister à une crise du délire d'Oreste. Le malade, tout à l'heure calme, est subitement ressaisi par ses terreurs : il voit les Furies à côté de lui. « 0 ma mère, s'écrie-t-il, je t'en supplie, ne lance pas contre moi ces vierges à l'œil sanglant, hérissées de serpents. Les voilà! les voilà qui bondissent près de moi ! ». Electre lui répond : « Reste tranquille sur ta couche, infortuné. Tu ne vois en réalité rien de ce que tu t'imagines être sûr de voir*. » Electre, ou plutôt le poète qui la fait parler, ne croit donc pas à la présence invisible des Érinyes. Chez Eschyle, ces divinités étaient des êtres réels, des personnes vivantes, des femmes en chair et en os, qui venaient sur la scène même torturer le meurtrier; chez Euripide, elles ne sont plus que les visions qui hantent le cerveau d'un halluciné^. — Il y a d'autres divinités, personnifications, comme les Érinyes, d'idées morales, dont Euripide n'admet pas davantage la réalité. Les poètes racontaient que Dikè (la Justice) habite l'Olympe, où elle signale au maître des