Suppliantes
est dans la dépendance étroite de Jupiter ^ D'autre part, les divinités qui interviennent au dénouement des drames d'Euripide sont secourables et bonnes ; il en est même, comme les l)ioscures, que les misères humaines touchent de pitié*. Mais ces concessions faites aux idées communes n'empêchent point le poète d'exprimer souvent son sentiment personnel, et de reprocher, avec insistance, aux dieux leur dureté indifférente et leur égoïsme malfaisant. Ce sont eux qui, pour remédier à l'excès de population de la terre, ont fait périr des milliers d'hommes en suscitant la guerre de Troie'; ce sont eux qui, à cause d'un rite mal observé, bouleversent une vie*; eux qui ici-bas jettent partout le trouble et sèment le désordre, pour se faire mieux adorer de l'ignorance et de la frayeur humaines ^ Dénoncer l'immoralité de la conduite des Olympiens, signaler en passant, mais par des allusions fréquentes et des traits répétés, leurs injustices et leurs cruautés, n'était-ce point porter la plus grave atteinte aux croyances de la foule?
Une négation radicale des dieux, dangereuse partout à Athènes, n'eût pas été possible au théâtre. Seul Bellérophon a l'audace de dire qu'il n'y a pas de
1. Suppl.t 734. Dans le mémo ordre d'idées est le fragment (254) de YArchélaos : m C^est chose facile d'accuser les dieux », et celui des Péliades (606), où il est dit que les dieux ne sont pas injustes, mais que la confusion règne dans les choses humaines.