Hécuôej
divinités au ciel. Mais Bellérophon est dans son rôle traditionnel d'impie quand il tient ce langage, qu'il eût été facile au poète de désavouer. D'ordinaire, ce n'est qu'indirectement et sous forme de doute qu'Euripide laisse percer ses sentiments au sujet des dieux populaires. Un des motifs les plus propres de tout temps à ébranler la foi du vulgaire est Tinégalité, souvent cruelle, de la répartition des biens et des maux entre les hommes. Si le juste n'est pas mieux traité ici-bas que le méchant, si même il arrive que certains méchants soient plus heureux que certains justes S que faut-il penser des dieux? N'est-on pas tenté de croire que le gouvernement du monde leur échappe? A voir le train des choses humaines, il semble en effet à plusieurs personnages d'Euripide que le monde n'est pas gouverné, et le spectacle de l'injustice triomphant de la justice les amène à se demander si c'est bien la divinité, et non le hasard, qui mène tout*. « 0 Jupiter, s'écrie Talthybios, diraije que tu as les yeux sur l'humanité, ou bien les hommes se sont-ils fait à ce sujet une opinion vaine, et est-ce la fortune qui préside à toutes les choses humaines'? » L'alternative proposée n'est qu'un artifice de langage qui dissimule mal l'intention du poète : en faisant ressortir, ici et ailleurs, la contradiction qui existe si fréquemment entre le sort de
i. Bellérophon, fp. 286, Nauck*, v. 8. Cf. Electre, v. 583, Pkrixos, fp. 832. CEnom,, fp. 577. Fragm. incei^t. 900; 901,