Tuscul.j I
éliminent, en effet, non seulement les dieux multiples tels que les rêvait Timc^nation populaire, mais même la personne d'une divinité unique, si haute qu'on la suppose : ces conceptions sont remplacées par celle d'une force — si le mot n'est pas chez Euripide, l'idée s'y trouve — d'une force inconnue, impénétrable en son essence, mais qui se manifeste sous deux aspects : celui des lois de la nature ; celui de l'intelligence humaine. Euripide n'a-t-il pas laissé entendre ailleurs, à mots couverts, que les divinités n'existent qu'en vertu de la loi, que la tradition du genre humain fait toute leur réalité*. Ce sont des textes de ce genre, d'autres encore peut-être qui nous manquent aujourd'hui, qu'Aristophane avait en vue quand il accusait Euripide d'avoir voulu persuader aux hommes qu'il n'y a point de dieux*.
La conclusion où nous arrivons semble contredite par la tragédie des Bacchantes^ où le vieux Tirésias fait la réflexion suivante : « Les traditions de nos pères, celles qui, aussi vieilles que le temps, sont parvenue^ jusqu'à nous, ne seront ébranlées par nul raisonnement, pas même par les inventions savantes d'esprits supérieurs'. » — « Ce n'est pas sagesse, dit le chœur, que de faire le sage, et de penser autrement
1. Hécube^ 799. Voir lo commentaire de M. H. Weil sur ces vers.
2. Thesmoph, 451. Euripide eut, pendant longtemps, un renom d'impiété. Le pseudo-Plutarque, De placit. philos. ^ I, 7, 2, qui cite le poète en compagnie de Diagoras, de Théodore de Qyrène et d'Évhér mère, prétend que la crainte de TAréopage Tempôcha seule de déclarer ouvertement son athéisme.