‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 77 sur 341 · Hippoly · texte numérisé non relu

Hippoly

sant à un Orphique, c'esl-à-dire à un homme qui fait parade de religion, mais qui, au fond, ne vaut pas mieux que le vulgaire dont il prétend se distinguer.

La divination et les devins. — Le droit d'asile, La religion du serment.

Les Orphiques comptaient dans leurs, rangs plus de dupes que de charlatans. On ne saurait en dire autant d'une autre catégorie de gens qu'Euripide a attaqués résolument, et non sans courage, car ils étaient alors en grand crédit : les devins. La croyance à la divination fut particulièrement vivace en Grèce, aux époques où Ton avait le plus d'intérêt à pressentir la volonté des dieux, aux heures de crise politique et de péril national. Pendant la guerre du Péloponèse, des centaines d'oracles furent mis en circulation, et les devins qui s'offraient à les expliquer pullulèrent. Malheureusement, ni les oracles, ni leurs interprètes n'étaient d^accord. A Athènes, pendant les délibérations relatives à l'expédition de Sicile, on était si incertain sur l'avenir réservé par les dieux à cette entreprise, qu'Alcibiade, en habile homme qu'il était, prit soin de faire venir de loin — du fond des déserts de la Libye — un oracle de Jupiter Ammon qui, entendu comme il convenait, était favorable à ses desseins. Le prestige de cet oracle exotique fut considérable : il contribua à entretenir dans l'esprit du peuple les espérances dont on avait

besoin qu'il fût bercé. Au temps d'Euripide, les oracles jouent donc un rôle important dans la politique d'Athènes aussi bien que dans les affaires des particuliers. Les devins qui en vivent sont, il est vrai, si nombreux que tous ne font pas fortune à ce métier. Quelques-uns sont de pauvres diables, comme ce Thoumantis et cet Hiéroclës que raille Aristophane*. Mais ceux-là sont des maladroits qui déshonorent leur profession. Les devins, en général, sont des gens posés, considérés, dont on ne se moque point*. Us ont alors un protecteur puissant et un client fidèle, qui est Nicias. Celui-ci, à qui les dieux faisaient si peur qu'il leur offrait chaque jour un sacrifice, avatt un devin attaché à sa personne, du nom de Stilbidès, qu'il trouvait commode de loger chez lui pour l'avoir toujours sous la main^. Mais Nicias ressemblait aux gens qui, tout en ayant un médecin attitré dont ils suivent d'ordinaire les avis, sont trop inquiets de leur santé pour ne pas recourir en même temps à des consultations. Quand les lumières de Stilbidès ne lui paraissaient pas suffisantes, il allait en chercher d'autres auprès des confrères. Tant que Nicias vécut, le métier de devin fut donc assez lucratif à Athènes. Non moins connu que Stilbidès est cet Euthyphron qui a donné son nom à un dialogue de Platon et qui est l'un des interlocuteurs du Crotyle : il faisait partie do l'entourage de Socrate, qi^ aimait à s'entretenir

Page 1