Hut., Nicias, i
avec lui et qui le tenait en assez grande estime. Fautil s'étonner de cette sympathie de Socrate pour Euthyphron? Le philosophe qui écoutait la voix de Toracle intime qu'il portait au-dedans de lui était un devin à sa manière.
Euripide, qui a fréquenté Socrate, a-t-il eu la même indulgence que lui pour la divination? S'il faut le rapprocher de quelqu'un sur ce point, c'est moins, à ce qu'il semble, de Socrate que d'Anaxagore. Ce philosophe sans doute n'a exprimé nulle part d'opinion formelle au sujet de l'art des devins ; mais ce qu'il en pensait découle du principe fondamental de sa doctrine. Le Nous^ qui s'est borné à donner aux atomes confondus dans le chaos l'impulsion initiale et qui a abandonné ensuite à lui-môme le monde qu'il avait réglé par le mouvement, n'est pas une Providence. Or, si l'on supprime l'idée d'une Providence dans les choses humaines, on supprime en même temps la possibilité de l'art de la divination. Une anecdote racontée par Plutarque* nous montre du reste pratiquement le cas qu'Anaxagore faisait des interprétations des devins. Onapportaun jour à Périclès, d'ujoie métairie qu'il avait à la campagne, la tête d'un bélier qui avait une seule corne au milieu du front. Le devin Lampon, appelé pour rendre compte d'un tel prodige, en trouva tout de suite la raison : ce phénomène annonçait d'une façon évidente que tous les pouvoirs de la cité allaient être concentrés sur une seule tête, celle de Périclès. Anaxagore, qui était là, fut moins