‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 85 sur 341 · Fragm. 10i9, Nauck · texte numérisé non relu

Fragm. 10i9, Nauck

LES TRADITIONS RELIGIEUSES. iOl

que les innocents seuls pussent y avoir accès. « Il ne faudrait pas, dit Ion, permettre aux méchants de venir s'asseoir sur les autels : il faudrait les en chasser et ne pas exposer les dieux au contact d'une main criminelle. Seuls les justes, traités injustement, devraient pouvoir s'arrêter dans les asiles sacrés : innocents et coupables ne devraient pas être admis aux mêmes sanctuaires ni obtenir des dieux les mêmes faveurs *. » Peut-être ces réflexions font-elles allusion à quelque scandale récent ; peut-être aussi le poète a-t-il voulu seulement appeler Tattention de ses contemporains sur les inconvénients d'un usage traditionnel, dont l'application était d'ailleurs variable et la légitimité controversée *.

Il s'est montré plus hardi en émettant des doutes sur la valeur de la religion du serment. En Grèce, comme dans toute l'antiquité, le respect de la parole jurée était une des lois fondamentales des sociétés humaines. Le serment, considéré comme étant d'institution divine, avait un caractère sacré. Quand la formule en avait été prononcée, quand les dieux avaient été pris à témoin, l'obligation qui en résultait était absolue. Cette obligation passait jadis pour si forte qu'elle enchaînait, disait-on, les dieux euxmêmes^. Les Grecs, nourris de pareilles idées, de-

Page 1