‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 93 sur 341 · Fragm. 913 et lès textes que nous allons citer · texte numérisé non relu

Fragm. 913 et lès textes que nous allons citer

3. Voir ce qui est dit précédemment, p. 90, à propos des Bacchantes,

lie'. » Est-ce un trait lancé en passant aux philosophes, à ceux qu'Aristophane, dans les Nuées*^ qualifie d'un mot qui rappelle les expressions mêmes d'Euripide? A en juger par ce qui suit, ce texte n'a peut-être pas une telle portée , car le messager ajoute : « Nul des mortels en effet n'a le bonheur en partage. » Le poëte a donc voulu lui faire dire simplement que la sagesse de certains hommes est une sagesse inutile, puisqu'elle est impuissante à donner le bonheur. L'intention du poëte est moins évidente dans une autre réfiexion tirée d'une de ses tragédies perdues, réflexion qui est une formule d'une profondeur et d'une hardiesse extraordinaires : « Le silence est la réponse du sage '. » Ni les grands sceptiques de l'antiquité, .ni Montaigne, ni Pascal n'ont été plus loin. Mais ce vers est un vers isolé dont on ne sait point l'origine : on ignore ce qui le précédait, ce qui le suivait. Il serait téméraire d'en abuser pour ranger de vive force Euripide dans la grande famille des sceptiques, vers laquelle il semble que sa nature d'esprit dût le faire incliner.

La curiosité de l'intelligence ne donne à l'homme que des satisfactions incomplètes, quand elle ne l'expose pas à de cruels mécomptes : sera-t-il plus heureux dans l'exercice de ses sentiments et de ses affections? Il n'y a pas à s'attarder au mal que peu-

1. Médée^ 4224 et suit. Les vers 1225-1227 ont été suspectés, sans raisons suffisantes, par H. von Arnim dans son édition de la Médée (Berlin, Weidmann, 1887). M. Woil et les autres éditeurs les admettent.

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