‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 95 sur 341 · HippoL · texte numérisé non relu

HippoL

il soit facile, à leur gré, de resserrer ou de relâcher les liens ; car, dit-elle, c'est un poids bien lourd à un seul cœur que de souffrir pour deux ^ Les affections de famille auront le même caractère. Ici se rencontre une question qu'il ne faut pas s'étonner de voir débattre chez Euripide. Le mariage est-il un bien? est-il un mal? Quand on songe à ce que le poète dit des femmes, la réponse n'est pas douteuse : le mariage apporte avec lui beaucoup plus de peines que de joies '. Ce qu'Euripide lui reproche tout d'abord, c'est la place trop grande qui y est faite au hasard^; et il semble qu'en cela il n'ait pas eu tort. Quand l'Athénien se marie, il connaît la famille de celle qui devient sa femme; il ne connaît pas la femme qu'il épouse. Celle-ci, qui est d'ordinaire très jeune, a jusqu'alors grandi dans la maison entre sa mère, sa nourrice et ses servantes, occupée à tisser, et à travailler la laine. Dans cette vie de gynécée dont la régulière monotonie n'est interrompue que par certaines cérémonies religieuses, la jeune fille n'a rien vu ni rien appris de la vie : c'est à peine si elle a un caractère. Le caractère se formera et se développera chez elle avec l'âge et dans le mariage ; mais il pourra se développer alors dans un sens contraire aux désirs du mari, trop affairé pour y veiller. Se marier, c'est donc, pour l'homme, courir un grand risque. Faut-il prendre au sérieux l'ingénieux moyen

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