et suiv
des victimes muettes. L'un d'eux, déjà visé par les tlèches de son père, s'élance, tombe à ses pieds et l'implore d'une voix suppliante. Qui, si ce n'est un fou, eût résisté à cette supplication d'un enfant, dont on peut facilement deviner l'effet au théâtre?
Les enfants de Médée parlent peu, mais ils sont souvent présents, soit sur la scène, soit à la pensée de leur mère barbare. Dès le commencement du drame, le poète nous les montre revenant du jeu sous la conduite d'un esclave, et le spectacle de leur insouciante jeunesse fait mieux ressortir les pressentiments sinistres que la nourrice exprime à leur sujet et le cri de malédiction que la sombre fureur de Médée laisse déjà échapper contre eux. Ils ne sont pas d'ailleurs étrangers à l'action : ce sont eux que leur mère charge de porter à la nouvelle épouse de Jason les présents que sa vengeance lui a destinés. Quand ils reviennent, Médée se trouble à leur aspect. Elle ne peut soutenir ni la candeur de leur regard, ni la douceur de leur sourire *. Il semble que l'attendrissement qui la gagne va envahir son cœur tout entier et chasser bien loin ses funestes résolutions, qu'elle va cesser d'être une amante jalouse pour redevenir une mère. Elle résiste cependant, et cette résistance la fait cruellement souffrir, parce qu'elle subit malgré elle le chaime contre lequel elle se défend. Cette mère dénaturée cède une dernière fois à la nature : elle veut toucher ses enfants, les embrasser. « Donnez, enfants, donnez à votre mère votre main à baiser. Chère