C'est le troisième stasimon, v
et par vaux, à la recherche de sa fille? pourquoi dépeindre la colère, fatale à la race humaine, et le sombre désespoir de la déesse, que Cypris seule réussit à faire sourire? que viennent faire ici encore et la nébride et le thyrse dionysiaques? Ni Cybèle confondue avec Dèmèter, ni Bacchus, ni Aphrodite ellemême n'ont rien à voir avec l'héroïne de la tragédie d'Euripide, Toute l'ingéniosité d'esprits savants et subtils n'a pas réussi à nous faire accepter leurs explications, ni à restituer la suite d'un texte altéré, dont l'incohérence, vers la fin surtout, est manifeste. La liaison de ce chant avec le sujefdu drame s'opère d'une façon si inattendue* que ce serait faire injure à Euripide que de le rendre responsable d'une telle maladresse. Ce morceau, seul de son espèce dans ce qui nous est resté du théâtre grec, est un emholimon^ au vrai sens du mot. Tenons-le donc pour tel*, et n'hésitons pas à croire que, s'il provient d'une ou peutêtre de deux tragédies d'Euripide, il n'est nullement à sa place dans celle à' Hélène.
Conclusion : que les chœurs qui se désintéressent du drame sont Vexception.
Les analyses que nous venons de faire, rapidement mais sans négliger aucune des tragédies d'Euripide
\ . Tous les malheurs d'Hélène auraient eu pour cause la colère de Dèmèter, à qui elle n'offrait pas de sacrifices (v. 1355), 2. Voir G. Dindorf, Annot., II, v. 895.
ot en prenant soin de les grouper ou de les opposer chronologiquement, étaient nécessaires pour nous amener à une opinion motivée sur la question que nou5 nous sommes posée au début de ce chapitre. Si l'on nous a suivi, on voit déjà que condamner d'un trait de plume, comme on le fait souvent, les chants des chœurs d'Euripide, en déclarant qu'ils ne tiennent presque jamais à l'action, est aussi injuste pour le poète que contraire à l'exactitude. Ces chœurs ne sont pas tous de même nature, et les différences qui les distinguent font qu'ils ne peuvent tomber tous sous le coup de la même censure. A vrai dire, dans l'œuvre entière d'Euripide il n'y a que trois pièces, VA7îdromaquc, X^s Phéniciennes, VIphigénieà Aulis, où le chœur s'intéresse médiocrement au drame, dont les acteurs sont pour lui des étrangers. Or, trois pièces, sur dix-sept qui nous ont été conservées, ne peuventelles, équitablement, être tenues pour des exceptions? Il en est deux autres, V Hécube et les Troyennes, dont le chœur mérite d'être classé à part, la conception et la construction de ces drames étant elles-mêmes peu ordinaires. Comme le poète a voulu que les infortunes particulières de ses héroïnes y fussent mêlées à une catastrophe générale, celle de la patrie, il en résulte que les choreutes ne sont plus de simples acolytes des personnages de la scène, mais que, sans se détacher tout à fait d'eux, ils s'en distinguent pourtant par leurs intérêts et leurs sentiments, qui sont ceux d'un peuple entier. L'expression de ces sentiments porte peut-être quelque atteinte à l'unité dramatique telle que Tont imaginée les théoriciens de notre tra-
gédie classique; mais elle est conforme à la nalure. Comment qualifier d'intermèdes des chants qui tirent leur unique inspiration d'un présent douloureux? Et critiquera-t-on chez Euripide ce que l'on admire souvent chez Eschyle, un chœur marqué de traits individuels et dont le rôle ne se confond point avec celui du premier acteur ?
Quant aux autres tragédies, du commencement à la fin de la carrière du poète, de VAlceste aux Bacchantes^ le rôle du chœur ne peut y être sujet à contestation. Amis fidèles, ou bien serviteurs dévoués du héros ou de l'héroïne de la pièce, les choreutes suivent avec émotion tous les événements, sont troublés par toutes les péripéties, veulent souvent intervenir dans le drame, y interviennent quelquefois. Dans les Suppliantes même, ce sont eux qui fixent tout l'intérêt. Enfin, leur division en demi-chœurs ou en groupes plus faibles, la fréquence des commoi, et, dans l'intervalle des chants lyriques, les nombreux dialogues du coryphée avec la scène montrent que la scène ne cesse de les intéresser.
Il faut bien reconnaître cependant que, même dans ces pièces-là, ils chantent certains morceaux qui sont étrangers à l'action, ou dont le lien avec elle est parfois d'une extrême ténuité. Mais ces morceaux qui sont des stasima\ c'est-à-dire qui se placent entre deux actes, sont loin d'être aussi nombreux qu'on se l'imagine communément. Si l'on écarte le troisième stadmon à' Hélène, visiblement interpolé, et le troi-