A l'exception seulement de la ■parodos de l'Ion
sième de Viphvjénie en Tauride, où l'oubli de la situation paraît intentionnel, on ne les rencontre que dans deux pièces, Hercule et Electre. Car, pour la Médée et pour YHippolyte, si la pensde du chœur s'y échappe quelquefois à vagabonder à côté du sujet, ce n'est jamais que pendant la durée d'une strophe, et elle n'en sort un instant que pour y rentrer incontinent. En ajoutant donc Hercule ei Electre h Y Andromaque , aux Phéniciennes, à Vlphigénie à Aidis, nous arrivons à constater que cinq tragédies d'Euripide sur dix-sept renferment des stasima, un ou deux au plus par pièce, mal liés au drame. Cette constatation autorise-t-elle à conclure qu'en général les chants des chœurs d'Euripide sont sans rapport avec l'action? Tirer une pareille conclusion serait ne tenir aucun compte des faits, puisque le plus grand nombre des faits y contredit ; ce serait transformer en règle ce qui est l'exception.
Ces stasima tant critiqués et qui contrarient si vivement notre goût, ne peuvent-ils du reste s'expliquer? Etait-ce donc une loi absolue de la tragédie grecque que le chœur dût en traduire toujours, dans ses chants d'ensemble, les émotions successives, qu'il dût nécessairement prolonger dans les entr' actes le pathétique des actes, sans jamais laisser à l'âme des spectateurs aucun répit? Ne peut-on admettre qu'à certains moments, qui sont des pauses, le poète ait voulu faire, des chants du chœur un repos et une détente pour le public? On est porté à le croire, quand on compare, à cet égard, Euripide avec Sophocle. Qu'est-ce donc, dans YAntigone, que ce large déve-
loppement sur le génie industrieux de l'homme, et ensuite ce chant en l'honneur de Bacchus' ?que sont, dans YOEdipe-Roi^ ces strophes sur l'impiété et sur l'audace humaines-, strophes si légèrement motivées par le dédain de Jocaste pour les oracles; et, dans VOEdipe à Coione, ce magnifique hors-d'œuvre, ce fameux éloge d'Athènes, sinon des morceaux du genre de ceux qui choquent chez Euripide? La valeur propre du lyrisme de Sophocle, la noblesse de ses idées morales, la supériorité de son génie, ne sont pas ici en cause. Nous nous bornons à rappeler que lui aussi, dans trois tragédies sur sept', n'a pas lié étroitement tous les chants de ses chœurs aux situations dramatiques. Prétendra-t-on que, chez lui comme chez son rival, c'est un vice? On n'osera pas sans doute aller jusquelà, et Ton sera plutôt amené à penser que l'exemple de Sophocle, en justifiant Euripide, doit faire absoudre celui-ci d'un des plus graves reproches qui soient adressés à son habileté d'artiste.
1. Vers 334-375 et lllo-Ho2. Dans le premier morceau, l'allusion à la situation est si vague qu'on se demande si cette allusion se rapporte à Créon ou à ceux qui ont violé les ordres de Créon.