‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 340 sur 351 · Histoire et théorie de la musique, II, p · texte numérisé non relu

Histoire et théorie de la musique, II, p

2. C'est à quoi Aristophane fait allusion, Grenouilles, 1327, àvà to

LES MONODIES. nSFi

liquc suive, par de souples inflexions, la marche irrdgulière et les détours des sentiments qu'elle interprète? Et qui songerait à faire un reproche à Euripide des efforts qu'il a tentés pour adapter le chant de lu scène à la force capricieuse et désordonnée qui l'inspire? Parmi ces rythmes variés de la monodie, il en est cependant deux qu'en raison de leur caractère, on y rencontre plus souvent que les autres : c'est d'abord le rythme dochmiaque, qui, formé comme il est par la juxtaposition de deux mesures impaires ', a quelque chose de heurté, de saccadé, et qui excelle ainsi à traduire l'inquiétude, la surexcitation, la fluctuation entre des sentiments contraires; c'est ensuite le spondée anapestique, rythme plaintif originaire d'Asie, merveilleusement propre au chant des héroïnes d'Euripide, qui éclatent souvent en lamentations.

On pénétrera peut-être un jour les détails de la musique des monodies. Si, comme on l'annonce, une feuille de la collection de l'archiduc Reynier doit bientôt nous faire connaître la notation musicale d'un morceau lyrique de VOreste, pourquoi l'avenir ne nous réserverait-il pas d'autres découvertes du même genre? Les monodies d'Euripide paraissent avoir eu une telle vogue, et une vogue si durable, qu'il ne serait point étonnant que la tradition de la musique qui s'y adaptait se fût conservée longtemps

?a>2exa(i.v/avov Kupr|Vr,î (jieî.oTtotôv. Voir l'analyse que Gevaert fait, à ce point de vue, de la nionodie du Phrygien, ouv. cité, II, p. 77, (Cf. 226) ; et de celle d'iphigcnic à Aulis, p. 234; 549. 1. Le bacchios et l'iambe.

dans l'antiquité et qu'elle eût laissé des traces. En attendant, il faut nous contenter de ce que nous apprend l'auteur des Problèmes : « Les modes hypodorien et hypophrygien , qui ne conviennent pas au chœur, sont propres aux chants de la scène. » C'est qu'en effet ces deux modes, qui ne se ressemblaient pas du reste, dont le premier était grave et majestueux, le second enthousiaste et désordonné, avaient un caractère commun d'énergie qui les rendait aptes à rendre les sentiments de personnages agissants, comme sont les héros, tandis que ces mêmes modes auraient été mal accommodés au chant de personnages qui, comme les choreutes, sont inactifs*. Ajoutons, d'après la même source, que les monodies d'Euripide étaient généralement accompagnées de la flûte. « Pourquoi, se demande l'auteur des Problèmes, est-il plus agréable d'entendre une monodie avec accompagnement de la flûte qu'avec accompagnement de la lyre ?» — Et il répond : « C'est que la flûte, dont les sons proviennent d'un souffle, s'associe mieux au chant à cause de sa similitude avec lui, tandis que les sons de la lyre se mêlent moins bien à la voix humaine ^ » Le critique eût pu donner encore une autre raison : c'est que la flûte est passionnée et que la lyre ne l'est pas. Or, la monodie, nous l'avons dit, est le domaine de la passion.

Quels effets la flûte et le chant pouvaient-ils ajou-

1. Arist. Probl., 48, xatà 6è ttiv {»7C0Ôwpi(TT\ xa\ ÛTtoçpuyKTTt upar- TO[j.ev,b o'jx o'txEîôv èrm "/^PV"

2. Ifjid., XIX, 43. — Quand la monodie précédait l'entréo du chœur, comme dans ÏHécube, le joueur do flûte était sans doute placé derrière la scène.

ter à la poésie de pareils morceaux? 11 nous est impossible d'en juger, et c'est à peine si cet emploi de périodes asymétriques, cette variété de mètres et ces brusques changements de rythmes, que nous avons signalés, permettent d'indiquer une lointaine analogie entre les monodies d'Euripide et les airs de nos opéras. Mais, si l'on ne peut que soupçonner les mérites qui leur ont valu tant d'applaudissements, on est mieux renseigné sur leurs défauts. Sans doute la parodie qu'Aristophane met dans la bouche d'Eschyle ne ressemble aux monodies vraies d'Euripide que dans la mesure où une caricature ressemble à un portrait; mais, comme cette caricature, on n'en saurait douter, est habilement faite, n'y retrouverat-on pas certains traits du modèle, grossis seulement, comme il convenait pour faire rire le public? C'est à ce titre qu'il est intéressant d'étudier la parodie qu'on rencontre dans les Grenouilles^ en la rapprochant de la monodie d'Euripide la plus développée qui nous ait été conservée, celle de l'esclave phrygien dont il a été plus haut question.

Quand on lit le morceau fabriqué par Aristophane', ce qui frappe tout de suite, c'est l'incohérence du développement. Le sujet de ce chant manque d'unité puisqu'il s'agit d'abord d'une femme épouvantée dans son sommeil par un songe dont elle cherche à conjurer les effets, et ensuite — c'est cependant la même personne qui chante, — d'une ouvrière, d'une lileuse à qui, pendant son travail du

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