‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 117 sur 362 · Jbid., V. 90a sqq · texte numérisé non relu

Jbid., V. 90a sqq

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entièrement imputée >, Oreste, en perçant le sein maternel, n'en a pas moins commis une action détestable. Les raisons du Laboureur n'y changent rien. Quand il propose dans l'assemblée de couronner l'assassina, il a l'air de se moquer de nous.

La raideur de cet homme est aussi révoltante que sa morale. Il n'est pas accessible à la pitié. Gomment ne voit-il pas qu'il est un contemporain attardé d'un âge disparu, que le monde a changé autour de lui, qu'il n'est plus à sa place dans le théâtre d'Euripide, puisque, comme celui-ci l'a remarqué, il n'est glorieux en aucun cas pour un fils de tuer sa mère 3? Mais ce paysan a si peur de paraître déroger à ses principes, et de céder à la morale relâchée de son temps, qu'il ne se contente pas de l'acquittement du prévenu, et qu'il demande pour lui une récompense. Ne sent-il pas que sa proposition est irrecevable, odieuse, et surtout inopportune? Par son exagération elle rend très acceptable celle du pseudo-Cléophon : plutôt que de couronner Oreste, nous serions disposés à le lapider. C'est donc le démagogue, l'effréné bavard^ qui a raison contre le sage citoyen. Est-ce bien ce que voulait Euripide? Assurément non.

Comment expliquer sa maladresse? C'est que le personnage d'Oreste est double et qu'il ne semble pas s'en être aperçu. Il nous montre d'abord un dieu inexorable, un fils meurtrier que le remords agite de sombres fureurs. Il rajeunit ainsi très heureusement les Euménides, Mais il va plus loin.

Comme un personnage de Dumas, Oreste revendique hautement le droit de tuer la femme qui a faillis. Cette prétention que personne n'a jamais soutenue sur un théâtre moderne sans soulever de vives protestations, est d'autant plus atroce dans sa bouche qu'il oublie un peu légèrement que la victime est sa propre mère. Nous nous le rappelons pour lui. Contre ses paroles notre raison regimbe de toute sa force. Nous ne pouvons les prendre au sérieux. Nous y voyons un argument désespéré de prévenu réduit aux abois. Mais pourquoi l'honnête homme du drame reprend-il ce raisonnement misérableC?

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