‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 118 sur 362 · EXAMEN DE L* ORESTE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE L* ORESTE

Pourquoi, non content de s'en déclarer convaincu, veut-il que nous acquittions le meurtrier et que nous lui soyons reconnaissants de son parricide? Pourquoi, pour nous y inviter et pour nous rendre la chose plus aisée, Euripide ajoule-t-il que tous les gens de bien, sinon les autres, furent charmés en entendant son Laboureur défendre avec tant d'énergie la cause de l'honnêteté » ? Leur exemple ne nous séduit guère. Nous persistons dans notre réprobation. S'il faut avoir au cœur pareille férocité pour être homme de bien, nous préférons ne pas l'être.

Nous saisissons sur le vif le caractère même du génie du poète. Son inquiétude le pousse dans les directions les plus contraires. Ne lui demandons pas de bien coordonner ses idées. Le don qu'il a de se passionner y répugne. Ce qui lui paraît nouveau, il le cherche, le suit, le développe. Mais souvent il ne remarque pas que cette nouveauté même s'accorde mal avec le fonds légendaire et presque immuable de ses pièces. Oreste vengeur de tous les maris trompés du v" siècle ! Mieux que cela : Oreste vengeur de tous les hoplites athéniens dont, depuis plus de vingt ans que durait la guerre, les femmes, laissées seules au foyer, n'avaient pas été sages 2 1 Quel joli thème pour Euripide ! Comme, à force de tourmenter la légende, il est arrivé à lui donner une actualité imprévue! Il a été si séduit de sa trouvaille, qu'il n'a pas vu que son héros n'était pas marié lui-même, et que par conséquent il était peu quahfié pour prendre en main la défense des époux malheureux, qu'il n'avait que vingt ans et qu'à cet âge on a en tête, même en Grèce, des idées moins sanguinaires, qu'enfin il était le fils de celle qu'il tue. Cette dernière circonstance n'est pourtant pas négligeable.

Ne tenons pas rigueur au poète de sa méprise. Elle est pardonnable, et surtout intéressante. En nous présentant son héros à la fois comme un exécuteur des ordres d'Apollon et comme un brutal vengeur de la foi conjugale, il réunissait dans un seul être deux personnages d'époque très différente, qu'il était impossible d'accorder entre eux. Car, s'il a tué sur Tordre d'un dieu, Oreste doit s'en tenir à cet excellente excuse et n'en pas chercher d'autre. Elle nous fait remonter à un temps lointain où l'homme se substituait à la divinité pour accomplir ses prescriptions. Mais s'il ajoute que la loi, pour ainsi dire,

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