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des récits qui font peur aux hommes et qui profitent aux ministres des dieux'.» L'insinuation est perfide 3. Est-il certain que la légende de Thyeste ait été inventée par des prêtres? Cela paraît douteux.

Cependant le bon sens se révolte rarement dans Euripide contre la mythologie et contre les dieux. Il faut le noter. Il semble que cet inlassable raisonneur devrait à chaque instant protester contre les actes qu'on imputait à la divinité, puisqu'ils sont si déraisonnables. En somme, ces protestations restent isolées. Pourrait-on en citer deux ou trois autres exemples dans son œuvre entière 3 ?

C'est une autre idée qui domine cette œuvre, idée fort sombre. Elle n'est pas étrangère à notre esprit, et l'inquiétera longtemps encore. En face du spectacle que la vie lui offrait 4, quand il voyait souffrir les gens de bien, prospérer les hommes injustes, — et le spectacle qui n'était pas rare autrefois, est devenu si commun de nos jours que, pour en marquer quelque surprise, il faut avoir la candeur d'un enfant, — Euripide se demandait avec naïveté s'il y avait des dieux dans le ciel, s'ils étaient les maîtres de la terre et de ceux qui l'habitent, s'il fallait s'en prendre à eux de la confusion qui règne dans les choses humaines^. Sa réponse variait beaucoup. Nous n'avons pas le droit de lui reprocher ses contradictions. La nôtre, à cette question, est -elle toujours bien assurée?

Voici d'abord une négation passionnée des dieux et de leur existence. Elle est faite par Bellérophon. Aigri par le malheur, ce héros projette d'escalader le ciel pour en connaître le mystère : il verra bien si Zeus,

I. Electre, \. 'J[^Z»q. — Autre mention, sans protestation aucune, de Tagneau d'or et du changement de cours du soleil et des étoiles, dans VOreste, v. 81a sqq., V. 998 sqq.

a. Comme le fait remarquer Nestlé, op. cit., p. 9a sq., Euripide, en supposant que les récils qui effraient les hommes, contribuent au maintien de la croyance, raisonne à peu près comme Critias dans son Sisyphe, fragm. i (Nauck, p. 771). Ce fragment est traduit en entier par M. Croiset, op. cit., 111, p. 869 sq.

3. Contre le festin de Tantale, Iphigénie en Tauride, v. 386 sqq. Voir la note piquante de Weil. 11 y a donc en ce passage un souvenir de Pindare {Olympiques» I, V. Sa sqq.), qui avait épuré la légende à sa façon.

4. 11 paraît faire une allusion involontaire à ces réOexions « qui remplissaient ses longues nuits sans sommeil», dans VHippolyte, v. 876 sqq. Car ce n'est pas Phèdre qui parle en cet instant : tout le monde le sent. Une autre pensée occupait son esprit amoureux.

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