I. Il y est fait allusion dans les Grenouilles^ v. 8a
la forte main de Périclès ne dirigeait plus, d'angoisse et de découragement.
Si les événements extérieurs inspiraient une tristesse naturelle, Euripide plus que personne devait la ressentir, car il était porté par tempérament à la mélancolie. L'Antiquité est unanime à l'afTirmer ». Si elle ne nous le disait pas, nous le devinerions au parfum amer que son œuvre exhale. Il était sombre, pensif, taciturne. C'est ainsi que l'ont imaginé tous les statuaires a qui ont voulu fixer ses traits. Les plaisirs bruyants ne l'attiraient pas, il s'en écartait. Il aimait peu les festins, les épanchements importuns des convives assemblés, la joie que le vin provoque et qui paraît un ébattement grossier à ceux qui sont sobres. Les gens plus expansifs lui reprochaient sa froideur.
Il fuyait la foule, la place publique, les procès, les chicanes. Il détestait les orateurs populaires dont l'assurance est impitoyable, le bavardage effréné 3, l'ambition épaisse, la conscience faible. Les rivalités des démagogues ne le passionnaient pas. Il observait leurs
1. Fito, ligne 64 sq. Suidas répète la même chose. Rapprocher les trois tétramètrcs anapestiques d'Alexandre l'Étolien, conservés par Au\u-Ge\\e, Noctes A tticae, XV, 20, et remarquer la confusion de l'auteur de la Vita qui attribue à Aristophane des expressions appartenant à cet Alexandrin.
2. Aucune de leurs œuvres n'a de valeur documentaire : elles répondent seulement à un certain idéal qu'on s'était fait du poète. On aimait à l'imaginer avec une figure pensive et un peu triste. Cela était conforme aux idées d'Aristote, qui aisait (Problèmesy XXX, i) qu'en Grèce les hommes éminents dans la philosophie, la politique, la poésie ou les arts ont été des mélancoliques. Le plus beau des bustes d'Euripide est celui du Musée de Naples. Nestlé en a donné une phototypie en tête de son livre. C'est sur ce marbre qu'a été moulé à l'époque de la Renaissance (Cf. Reinach, Revue Criliqae, 1898, n0 2i, p. 4o3) un autre buste en bronze, aujourd'hui à Brunswick, que Decharme a reproduit au commencement de son Euripide On compte une douzaine d'autres bustes, soit à Rome, soit à Naples, sans compter une statue d'Euripide, qui est à Dresde, et une autre, incertaine, au Vatican (Cf. S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, 1, p. 5ii et 5i3). Dans trois doubles Hermès, Euripide est joint à Sophocle, mais VVelcker {AUe Denkmàler, p. 486) en cite un autre, où il est associé à Platon, parce que l'un est un philosophe-poète et l'autre un poète-philosophe. (Cf. C. /. G., 6o52.) C'est, ensomme, toujours la même conception. On veut voir en Euripide le axyjvixb; çtXôaoço; déjà loué indirectement par Platon lui-même. République, VIII, p. 568 a. Les modernes n'ont pas oublié cette indication et peut-être en ont-ils exagéré la portée.— La petite sUtuette du Louvre n'est intéressante que par la liste, malheureusement écourtée, des pièces du tragique. Cette liste va de VAlcestek VOreste. Elle a une lacune d'une ligne au bas de la première colonne après le 26* titre qui est incomplet, et est mutilée après le 38'. (Cf. C. /. G., 6047- Clarac, Musée de sculpture, planche 294, S. Reinach, op. cit., p. i48.) Sur l'iconographie d'Euripide, cf. Jahrbuch des kais, deutsch. arch. Instituts, 1888, p. i56, 1891, p. n, articles de G. Treu; Archaeol. Zeitang, 1870, p. 3, 1881, p. 6, articles de G. Kiùger.