‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 140 sur 362 · Scholie d'Homère, ftiade. VI v .nn i · texte numérisé non relu

Scholie d'Homère, ftiade. VI v .nn i

du BetUrophon. <«.»'. v. , 55, rappelée par Nauck, p. 443, dans sa notice

*• Cf. Aeharniens, y. 43$ jqq.

en ces doutes grandissants, la conscience d'Euripide, sans encore émettre des négations aussi catégoriques, était déjà bien inquiète. Relisons le douloureux stasimon de VHippolyte. « Certes, la pensée des dieux dissipe mes soucis, quand elle me vient à l'esprit, dit le poète i. Y a-t-il une intelligence qui dirige le monde? Je la pressens. Je l'espère. Mais lorsque je considère le sort des hommes et leurs actions, je ne sais plus que dire. Tout n'est que vicissitudes : la vie humaine est le jouet perpétuel du hasard 2. »

C'est qu'en effet rien n'est plus immoral que le malheur du juste.

Avant de monter sur son char, Hippolyte, les mains étendues, s'était

écrié : « Zeus, fais-moi périr, si je suis coupable3 î » H était innocent,

et il a succombé. Quand il revient couvert de sang, les os brisés, il

n'oublie pas de dire en un dernier souffle : «Zeus, Zeus, me vois-tu }

J'étais austère, j'étais religieux, j'étais le plus chaste des hommes, et

je m'en vais vers l'Hadès et ses ténèbres, tué par les imprécations de

mon père. Les devoirs de la vertu, je les ai donc accompHs en vain 4. »

Que répondre à ce déchirant reproche ? Comment étouffer le cri de

l'innocent ? N'oublions pas qu'il va être anéanti tout entier, puisque

la mort dans laquelle il se perd, est pour lui sans lumière. Comment

justifier la divinité qui l'écrase 5 ? On dira que tout cela n'est que du

théâtre et que ces malheurs sont imaginaires. Mais la réalité éteit-elle

plus acceptable? Différait-elle beaucoup du spectacle qu'Euripide

mettait sous les yeux des Athéniens ?

Puisqu'il s'en inspire directement, à chaque insUnt il pense au mal, si peu niable. Il est passé le temps où les poètes vivaient en un pays lumineux, dont les objets s'embelhssaient de la beauté éparse dans leurs rêves. « Souvent cette question a traversé mon esprit, dit-il ; est-ce le hasard, est-ce un dieu qui gouverne les choses humaines 6?»

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a. Hippolyte, v. iioa sqq. J'ai suivi le texte et les observations de Weil

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