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EURIt>IDE ET SES IDEES
malgré son ardent désir de trouver ou de mettre un peu d'ordre dans l'univers, il n'a pas osé donner de réponse.
Oui, tous les criminels sont malheureux ou le deviendront. Personne n'a eu lieu de se féliciter toujours d'avoir fait le mal. Une faute initiale entraîne des conséquences mauvaises. Et, en somme, presque toute l'histoire des héros tragiques n'est qu'une longue démonstration de cette vérité. Rappelons ce qu'on racontait sur VIxion. La foule, morale comme elle l'est toujours, même quand elle n'est composée que de vauriens, répugnait à suivre le poète qui lui montrait les crimes vraiment peu ordinaires de ce Lapithe: le meurtre de son beau-père, qu'il brûlait dans une fosse pleine de feu, où il le faisait trébucher vivant, et surtout l'adultère monstrueux qu'il commettait, pensait-il, avec Héra, pour remercier Zeus de son hospitalité i . Pour vaincre les répugnances qu'éprouvait le public en face de pareils actes, Euripide avait soin de dire : u Je n'ai pas fait quitter la scène à Ixion, avant de l'avoir attaché à la rouea.»
Il n'était pas besoin que Ton commît de telles fautes pour que Dicé intervînt. Lycos, odieux persécuteur d'Héraclès, succombe sous ses coups, et le chœur en fait expressément la remarques. Égisthe périt justement, parce qu'il a été un usurpateur injuste 4. Polyphème luimême deviendra aveugle, en punition de son cannibalismes. Et tel est pour Dicé le respect d'Euripide que, dans les cas douteux, ses personnages n'osent point se réclamer d'elle, de peur de la compromettre. Médée pourrait bien alléguer, semble-l-il, que la déesse s'est servie de sa main pour tuer ses enfants et faire expier à Jason son abandon cruel. Elle ne le fait pas. Elle invoque Zeus6 et n'ose parler de Dicé. Zeus est le gardien des serments que l'époux a violés 7. Dicé est à la fois plus redoutable et plus haute. C'est qu'en effet, si la vengeance de Médée ne nous paraît admissible qu'à cause du caractère passionné de l'héroïne et de l'injure insupportable que Jason lui a faite, son acte devait sembler plus cruel aux Athéniens et risquer même de les
I. Voir le scholiasle des Phéniciennes, v. ii85, et les autres textes indiqués par Schwartz, I, p. 875. ^
a. Plutarque, Quomodo adolescens poetas audire debeat, 19 E.