Ibid., V. 1280 sq
Il rappelle une scène de Vlliade. Même sur le cadavre d'Hector, Hécube, avant de disparaître, parlait des dieux, de leur puissance souveraine, de leur appui. Au milieu de ses pleurs, elle avait encore l'âme assez résignée pour les remercier de la protection qu'ils avaient longtemps accordée à son fils dans sa carrière glorieuse, et qu'ils ne lui avaient même pas refusée, disait-elle, dans son horrible morti. Pour comprendre quels progrès la réflexion avait faits dans l'esprit des Grecs, et comme leurs exigences à l'égard des dieux s'étaient accrues, au même degré que leur sensibilité et que leur intelligence véritable de la douleur, on n'a qu'à rapprocher de la fin de Vlliade cette fin des Troyennes. La confiance a fait place au désespoir, la foi au blasphème, la résignation à un élan farouche vers la mort : Hécube, dans Euripide, se précipite tête baissée dans les flammes d'ilion. Elle se rue vers le néant, en injuriant les dieux. Il faut qu'on se précipite, pour l'empêcher de se suicider. Regrette qui voudra l'admirable scène de VJliade. Celle du tragique est plus émouvante, parce qu'elle est plus vraie.
Les sacrifices ofl^erts aux dieux seront-ils plus efficaces .^ Contre l'usage de leur consacrer des présents on pouvait élever bien des critiques. Celle à laquelle on pense d'abord, c'est que cet usage n'était pas à la portée de tout le monde. La divinité ne s'intéressait sérieusement qu'à ceux qui étaient assez riches pour acheter son attention. Les pauvres gens n'avaient pas droit à ses bonnes grâces.
El, en eff-el, au début de la République, nous entendons le père de Lysias, le vieux Céphalos, se féliciter de son opulence pour une raison qui nous paraît un peu étrange. Au déclin de la vie, à l'approche de la mort, il se sent plus tranquille qu'un autre. Il sortira sans crainte de ce monde, dit-il, parce que sa conscience le laisse tranquille, et aussi parce qu'ayant accompli les sacrifices il sera quitte envers'les dieux 2.
On pouvait donc s'assurer leurs faveurs par des dons; c'était un échange comme un autre. Mais leur vénalité n'éteit-eUe pas d'un per-