I. Iliade, IX, v. 3; »qq
AGAMEMNO.N 3,3
montré à la fin de VHécube, n'a qu'une pensée, éviter les critiques de la foule, qu'il redoute et dont il dépend. Entrons un peu dans le détail de cette âme timorée.
Dans Ylphigénie à Aulis, Agamemnon a si peu de ressort qu'à la première difficulté grave il succombe sous le faix du pouvoir, et qu'il regrette d'avoir été désigné pour commander l'armée i. Son irrésolution est inquiétante. Quand il apprend que les dieux exigent le sang de sa fille, il a un premier mouvement de révolte et veut donner Tordre de licencier l'expédition:». Puis, sur les instances de Ménélas, il change d'idée, il consent à la mort de son enfant 3. Mais bientôt il se repent : Iphigénie ne viendra pas, elle sera sauvée 4. A quelle résolution va-t-il s'arrêter? Celle-ci est déjà la troisième. H a fini, dit-il, par révoquer l'ordre de faire venir la jeune fiUe. Mais, à la pensée qu'il a eu l'imprudence de se servir du nom d'AchiUe pour attirer Iphigénie à Aulis, il tremble, s'affole, reconnaît qu'il avait perdu la têle^. Ce n'est pas une preuve de sang-froid. Les tergiversations sont si habitueUes à ce roi singulier, que tout son entourage les connaît et les lui reproche 6.
Voici maintenant une amusante description : celle d'Agamemnon briguant d'être nommé chef de l'expédition achéenneV. C'est la vivante silhouette du candidat en mal d'élection, qui multiplie sur l'agora les poignées de main, les saluts et les courbettes pour enlever les votes. Et quand il est nommé, il ferme sa porte : plus personne 8. L'anachronisme est réjouissant. Aucun mot n'est à changer, tant ce que nous décrit Euripide est identique aux scènes qu'il avait sous les yeux... et à celles que nous voyons nous-mêmes aujourd'hui. Mais, au temps de la guerre de Troie, ces mœurs attristantes et comiques n'existaient pas encore, et le roi d'Argos aurait été en droit de s'en féliciter.