I. Chaot XI : 'AYafiéjxvovo; àptffTcta
MENELAS 2 i Q
enlever sa femme, de n'avoir pas fait bonne garde autour d'elle, d'avoir tant lutté et tant fait périr de gens pour la reprendre, de l'aimer encore après sa faute, d'être l'esclave de sa beauté, de témoigner, en un mot, à l'égard d'Hélène, qu'il s'amuse quelquefois à rabaisser au niveau d'une coquine, une faiblesse avilissante, comme ces maris qui, trop sensibles aux charmes de leurs femmes, continuent de les chérir, malgré leurs fugues.
Très souvent il l'a mis en scène, sans jamais varier dans sa conception. Nous voyons Ménélas en une foule de circonstances: il part pour Troie', il retrouve l'infidèle ^ il retourne à Argos3, il intervient plus tard dans une querelle domestique 4. C'est toujours le même être faible, mou, cruel pour ceux qui ne peuvent se défendre. Comme son frère Agamemnon, il n'aime pas à se compromettre5 : il tient cela de famille. Une seule fois, il a un mouvement de pitié généreuse qui surprend^. Partout ailleurs personne n'est moins héroïque que lui. En vérité, Euripide ne l'a point ménagé. Invectives, sarcasmes, injures même, il ne lui a épargné rien.
A Aulis, si Ménélas presse tant le chef de l'expédition de sacrifier sa fille et de gagner par un peu de sang la faveur des dieux, c'est qu'il veut ravoir celle qu'on lui a prise, et qu'il brûle de tenir dans ses bras la femme qu'il aime. Mais il reste Grec, c'est-à-dire adroit. Il sait dissimuler sous de belles paroles un sentiment peu avouable, le regret des voluptés perdues. Il prétend que l'injure qu'on lui a faite ne lui est pas particulière, que toute l'Hellade est offensée comme lui, que les Barbares se riront d'elle, si on ne les châtie point, qu'il importe à chacun des Grecs de venger sa cause 7. Agamemnon n'est pas dupe de cette hypocrisie verbeuse. Il le dit à son frère : que lui faut-il donc? Une chaste épouse, sans doute. Il ne peut la lui donner. Que n'a-t-il mieux surveillé la sienne? Au lieu de chercher à la reprendre, il