MÉNÉLAS
mouvement de joie qui échappe à Hélène, il ajoute brutalement : « L'armée entière, dont tu as fait le malheur, t'a livrée à moi, pour que je te tue». »
La menace ne trompe pas Hélène. Ce ne sont que des mots pour elle. L'expérience que lui ont donnée ses nombreuses liaisons, la rend savante dans l'art des raccommodements. Le guerrier empanaché qu'elle a devant elle, puisqu'il ne l'a pas déjà frappée, ne lui fait plus qu'une peur très supportable. Elle le juge, ce qu'il est en effet, un être incertain, qui sera heureux de céder, si l'on y met des formes. Elle lui demande donc d'une voix déjà un peu plus assurée : « Me donnes-tu la permission de te répondre, pour te prouver que si je meurs, ce sera injustement 2. 3 »
Ménélas se défend avec mollesse. Il n'est pas venu pour discuter avec une coupable. Mais, après une intervention maladroite d'Hécube3, il consent à l'entendre. Voilà le justicier qui s'effondre : Hélène parle, Hélène se défend, Hélène est sauvée. Son mari va l'emmener en Grèce. Sa première idée était même de l'embarquer sur son propre vaisseau, pour l'avoir plus près de lui 4. Il faut qu'on lui fasse sentir l'inconvenance du procédé pour qu'il y renonce : vraiment, une réconciliation si bourgeoise était une conclusion bien médiocre de la guerre douloureuse. Si elle était inévitable, mieux valait la dérober aux yeux des soldats railleurs. Ménélas se décide donc à mettre Hélène sur un autre navire : cela lui fournira l'occasion de déserter souvent le sien.
Le Ion narquois dont se sert Euripide en cette scène, qui aurait pu être émouvante, est bien désobligeant pour Ménélas. C'est moins un des chefs de l'Iliade qu'un hoplite athénien quelconque, qui retrouve et reprend une femme volage, après une campagne un peu longue. D'abord, le soldat élève la voix contre la perfide, moins par dépit et par conviction, que parce qu'il est d'usage de se fâcher en la circonstance. Mais les assistants savent bien comment tourneront les choses. Ils écoutent la querelle, parce qu'elle est amusante quoique