MÉNÉLAS
Ici, Ménélas, définitivement réconcilié avec sa femme qu'il ramène en son royaume, s'arrête à Argos, quelques jours après qu'Oreste a tué sa mère. Le parricide, craignant d'être condamné par l'assemblée du peuple, supplie son oncle de lui venir en aide, et de ne pas oublier l'appui que lui prêta Agamemnon dans la guerre de Troie.. Ménélas toujours circonspect quand il s'agit de secourir autrui, prétend qu'il n'a plus autour de lui qu'une poignée d'amis, et qu'il ne peut avec eux songer à défendre l'accusé contre la multitude». 11 promet seulement de parler pour lui dans le tribunal. Mais, loin d'y plaider sa cause, il n'y montre même pas le visage 3.
Ménélas nous est présenté cette fois, ce qui ne le change guère, comme un ingrat, un menteur, un lâche. Il n'a de courage qu'avec les femmes 4. L'animosité que lui marque Euripide est si grande que, non content de prendre la légende telle que ses prédécesseurs la lui avaient léguée, et telle qu'il l'avait ailleurs acceptée Il la retouche sur un point, sans doute pour jeter sur le personnage qu'il déteste un jour plus défavorable. Mais a-t-on jamais remarqué ce détail? Peut-être ne sera-t-il pas inutile d'en dire quelques mots. Il est, en effet, assez étrange qu'ici le meurtre de Clytemnestre suive de fort près celui d'Agamemnon. Ménélas apprend les deux choses presque en même temps. Cela résulte de ses déclarations 5 : n revenait de Troie, il se rendait à Lacédémone; comme il allait doubler le cap Malée. Glaucos, dieu prophète, sortit des flots, se dressa le fong de son navire et lui annonça la mort de son frère; aussitôt Ménélas vira de bord, rasa la côte orientale du Péloponnèse, fit voile vers Naupliequand il y arriva, des pêcheurs, au moment où il jetait l'ancre, lui apprirent qu'Oreste venait de tuer sa mère.
Ainsi, entre la mort du roi et celle de la reine, l'intervalle de temps qui, dans V Electre, conformément à la croyance générale, était encore d'une dizaine d'années 6, est réduit maintenant à une dizaine de jours Et encore faut-il admettre que le vaisseau de Ménélas, comme celui d'Ulysse, faisait escale à tous les caps et dans toutes les baies du rivage.