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Une conception voisine de celle qui précède, puisqu'elle est destinée à nous faire haïr le mépris de la parole donnée, consiste à faire du roi d'Ithaque le type de l'orateur populaire, que n'embarrassent pas les scrupules. Elle se superpose sur la première, sans se confondre avec elle. On passe brusquement de l'une à l'autre sans préparation. Tantôt, Euripide voit en Ulysse le personnage plein d'adresse de la légende. Tantôt, cette adresse, il la place dans le présent, sur l'agora, à la tribune. Voilà Ulysse, qui se métamorphose tout à coup en démagogue. Ses deux visions se suivent, sans se confondre, comme dans ces instruments d'optique, où la même figure nous apparaît tour à tour jeune ou vieille.
Hécube parlait tout à l'heure comme un aède aurait pu l'imaginer. Elle reprochait à Ulysse d'avoir oublié un peu vite les bienfaits qu'il avait reçus d'elle. Sans transition, elle ajoute : «Orateurs qui briguez la faveur du peuple, engeance ingrate, puissé-je ne jamais avoir affaire à vous! Vous ne vous souciez guère du mal que vous faites à vos amis, pourvu que vos discours plaisent à la foule '. » Qu'est-ce à dire et qui fait cette sortie inattendue? Ce n'est évidemment pas la vieille mère de Polyxène. Au jour où on lui prenait son enfant, où on l'emmenait elle-même captive en Grèce, elle avait d'autres ennemis à maudire. Et cette idée de lui laisser, en un pareil instant, entrevoir par une divination tout à fait surprenante les gens qui, quatre ou cinq siècles plus tard, devaient tant nuire à la cité de Pallas, — qu'elle ne connaissait pas et pour cause, — est vraiment un peu hasardée.
Mais qu'importent à notre poète les anachronismes, et, dans le récit des légendes, les allusions contemporaines? Ce sont jeux de lumière étranges et aventurés, qui plaisent à son œil d'artiste et qu'il recherche. La masse lointaine et un peu grise du passé, il la colore et la fait vibrer par ces taches éclatantes. Elles jettent sur les objets voisins des reflets qui les transfigurent. Il y gagne d'abord de nous surprendre et, par ce mélange voulu d'époques et de mœurs difTé-