‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 216 sur 362 · TIÉI.ÈNE, TYPE DE FEMME SENSUELLE ET PERNICIEUSE · texte numérisé non relu

TIÉI.ÈNE, TYPE DE FEMME SENSUELLE ET PERNICIEUSE

Elles devaient donc subir les fantaisies des maris. Autant ils étaient complaisants pour eux-mêmes, autant ils étaient durs pour elles. Et j'imagine que toute erreur un peu grave devait leur attirer des reproches, des injures, des appellations odieuses. Hélène le prouve bien.

Sans doute, elle ne s'était pas acquis à Troie une bien grande réputation de chasteté. Après Paris, Déiphobe avait vécu avec ellei, et il n'est pas certain que ce dernier n'ait pas eu de successeurs. Mais elle s'était toujours contentée d'un seul maître à la fois. Il faut croire que sa réserve relative s'accommodait mal de la solitude : tout le monde n'a pas le tempérament d'une Pénélope.

Malgré cela, méritait-elle les outrages dont Euripide l'accable dans le Cyclope? Il fait d'elle la femme du premier venu, à laquelle tous les guerriers achéens auraient dû, après la prise de la ville, faire subir le traitement qu'on imagine 2. 11 est vrai que c'est un satyre qui parle, que son langage est conforme à sa luxure naturelle, et que le drame où cette grossièreté se rencontre, admettait toutes les liber les.

Ces excuses sont valables. On trouvera pourtant qu'entre l'être idéal, modèle de pureté patiente, tel qu'Euripide a imaginé une fois Hélène, et cette évocation ordurière, où il fait de la même femme une prostituée de bas étage, la différence est plus que superficielle. Hélène a chez lui tous les visages, le plus candide, le plus dégradé. Sans doute, les légendes étaient souples et elles se prêtaient aux transformations les plus capricieuses. Mais nous avons de la peine à admettre, et surtout à approuver, cette dernière conception, qui nous répugne. Hélène est devenue peu à peu, transformée par les visions successives des poètes, une sorte de divinité, et nous n'avons jamais avec nos dieux pris les libertés de la comédie ancienne. Notre esprit a vieilli. 11 ne sait plus, comme l'enfant, jouer innocemment avec ce qu'il vénère ou ce qu'il adore.

I. Troyennes, v. 969 sq. Cf. Odyssée, TV, v. 276. a. Cyclope, \. 179 sqq.

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