I. Odyssée, VI, v. 3o3 sqq
a. Économique, Ilf, la : j'^Tt 3' 5tw èXa<TTova îtaXlyYi \ ty» v-Jvotîxt; iroX>.oîç ys, ^t^.
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quelque plaisir à vivre avec sa femme, qui ne savait le plus souvent m lire ni écrire-, aussi ignorante qu'une de nos paysannes perdues dans le hameau le plus reculé de la plus reculée des provinces? Sans doute, il y avait des lourdauds parmi les Athéniens, et Aristophane nous en a conservé une jolie collection. J'imagine, cependant, qu'il était presque de règle que, quelques semaines après leur union, le mari se détournât de sa femme, qui l'ennuyait. Cela n'empêchait pas les enfants de naître, ni la mère, sans compter le reste, de souffrir pour les mettre au monde, de peiner pour les élever, de remplir, en un mot, le rôle douloureux et cher pour lequel elle est faite, et qui, s'il n'est payé que d'indifférence de la part de celui qui vit à ses côtés, peut devenir très vite insupportable à la moins exigeante.
De là cette plainte de Médée, que les femmes qui ont enfanté ont toutes, chacune à sa manière et à son heure, répétée depuis elle : « Les hommes disent qu'au foyer notre vie est en sûreté, et qu'eux, ils combattent avec la lance. C'est faux. J'aimerais mieux prendre part à trois batailles, qu'accoucher une seule fois». .. Ce cri est admirable. Car Euripide, qui est souvent si dur à l'égard des femmes, leur montre aussi, par une contradiction nouvelle, une sympathie éclairée et profonde.
Il est vrai que Médée, depuis le lâche abandon de Jason, a plus que personne raison de gémir sur la condition misérable des femmes 3. foutes, cependant, quel que fût leur mari, devaient ressentir, peutêtre sans s'en rendre compte, un malaise et une gêne de la vie qui leur était réservée. Elles cherchaient à y remédier. Elles ne le pouvalent guère. Les maris qui étaient défiants avaient toujours les yeux sur elles. Les plus accommodants, sans leur imposer une contrainte trop gênante, ne les laissaient pas non plus faire ce qu'elles vou-
I. Ipl.igénie est obligée de se faire écrire par un compagnon de captivité la lettre quVII.. remet à Oresle. Iphig. en Taur., v. 5,8 sqq. (voir la notTde Cil »„r .! passage). Phèdre, il est vrai, a écrit elle:mém^ suMei Z^teT^uené^ tZTe dans se, ma.ns quand elle est n.orte. Hipp., v. 856 sqq. Mais Vrsonnrn'auraU voulu calomnier, comme elle le fait, linnocent Hippolyte, et Euripide a éS ZTdl
7 Médée V. a48 sqq. On traduit ordinairement Texeîv par enfanter. Mais cet aoriste
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laienl •. Elles ne sortaient pas librement. Elles ne fréquentaient personne. Le Laboureur de VÊlectre, qui est pourtant le plus doux des hommes (d'ailleurs il n'est qu'un mari honoraire), se fâche presque quand il aperçoit celle qu'on lui a donnée pour femme, causer sur le seuil de sa demeure avec des inconnus. Il juge cette liberté inconvenante =». Le plus étrange, c'est qu'Electre, en entendant ses reproches, se fasse humble, presque suppliante, et qu'elle le conjure de ne pas la soupçonner. Elle reconnaît donc que sa conduite est répréhensible et que les apparences lui sont défavorables 3. Que diraient nos contemporaines, si l'on prétendait les soumettre à une oppression aussi tyran nique?
Si elles ne pouvaient s'y soustraire par l'adresse, par la douceur, par tous les moyens qu'elles ont inventés pour échapper à toute contrainte et n'agir jamais qu'à leur fantaisie, quelques-unes emploieraient un genre de défense contre lequel l'homme ne peut rien. Asservies corporellement à sa volonté, eUes lui soustrairaient la meilleure partie d'elles-mêmes, leur âme : la religion leur prêterait son invincible appui. Et, comme elles sont mystiques par nature, dans l'effort désespéré de leur souffrance, elles arriveraient même à la chérir, puisqu'elles y goûteraient des joies infinies. Mais, avant le christianisme, elles n'avaient pas cette ressource. Elle n'était pas encore inventée. Jamais l'idée ne serait venue à l'Athénienne de prier les dieux, et encore moins de les aimer, pour trouver en eux un réconfort. Elle aurait eu peur de s'adresser à des maîtres plus durs et plus prévenus contre elle, que celui contre lequel elle cherchait à se protéger. Zeus, le dieu suprême, n'est-il pas souvent en querelle avec Héra ? Car ce sont des hommes qui ont peuplé l'Olympe antique, et on le voit bien. Ils n'y ont pas placé de véritable femme, dont le cœur soit compatissant et bon. Artémis ressemble trop à Hippolyte, le bel adolescent qu'elle aime. Athèna connaît et pratique les ruses d'Ulysse, qu'elle protège et qu'elle admire. Les déesses grecques n'ont pas de compassion pour les faibles, ceux qui souffrent et n'ont jamais fait
I. Cf. Lysias, Sur le meurtre dTÉratosthine, $ 6, et rapprocher Suppliantes, v. 3q sq. a. Electre, v. 34 1 sqq. » î» «-i
3. Ibid., V. 345 sq. : 'u ^ar<xx\ et; vTronxa iitj fi(JX>iî Ifio:
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n<ilE EFFACÉ DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ ATTIQUE 3o5
autre chose. Le sentimeni qui leur est le plus étranger est celui de la pitié. Leurs mains ne sont pas faites pour essuyer les larmes. EUes n-ont jamais été des consolatrices, et on ne les a jamais invoquées comme telles.
Indifférentes aux dieux, elle plus souvent à leur époux-, les Athéniennes vaquaient aux soins du ménage, lavant, tissant, filant, brodant, se livrant à ces mille besognes du gynécée qui fatiguent le corps sans occuper beaucoup l'esprit. A ces soins s'ajoutaient ceux qu'elles donnaient à leurs enfants. Ils étaient soumis à leur surveillance. Elles les réprimandaient et les punissaient, s'ils faisaient mal». Mais on ne les leur confiait que pendant les premières années. Dès qu'ils commençaient à grandir, on les leur relirait pour les donner aux maîtres, car elles manquaient de savoir, de culture, d'autorité pour les élever 3* Là encore, leur rôle était presque celui d'une servante, et U leur causait, au fond, plus de tristesse intime que de contentement vrai. Car, si elles s'habituaient aux caresses de leurs enfants pendant un temps qui devait leur paraître court, dès qu'ils prenaient de la force, elles les sentaient s'éloigner d'eUes. Le fils d'Admète, Eumélos, ne regrette si passionnément sa mère, que parce qu'il a encore besoin de se blottir dans sa poitrine et, comme le petit d'un oiseau, de se réchauffer sous son aile 4. Puisque Alceste est maintenant revenue à la lumière, il fera sans doute, dans quelques années, comme les autres. 11 lui commandera de s'occuper des travaux réservés à son sexe. Il la renverra à son fuseau, à sa toile, à ses esclaves. Brutalement, il réclamera l'autorité pour lui seul. Et celle-ci restera un instant interdite, mais, habituée à courber la tête, elle obéira sans mot dire. Comme Pénélope, son antique aïeule, il ne lui restera qu'à aUer cacher sa blessure et ses larmes dans quelque endroit retiré de sa demeure 5.
Ainsi, la véritable raison de la condition humiliée de la femme dans la société athénienne, c'est son infériorité intellectuelle. On ne prêuit pas d'attention à celle qui en méritait si peu. Dans une cité où l'esprit