‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 266 sur 362 · Odyssée, I, v. 350 sqq · texte numérisé non relu

Odyssée, I, v. 350 sqq

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régnait en souverain, c-était se condamner d'avance à un rôle subalterne que d'être insignifiante.

Toutes les femmes s'y résignaient-elles? Assurément non. Mais si elles souffraient confusément de cette infériorité, et si elles essayaient de s'en affranchir, elles n'étaient pas assez perspicaces pour en découvnr la raison véritable. Aussi, au lieu de chercher à s'instruire, ce qui leur eût été difficile, à cause de l'égoïsme et du mauvais vouloir des hommes, elles tentèrent de ruser avec eux, et, puisqu'elles n'étaient pas plus fortes, d'être plus fines. En luttant contre leur maussade destinée, elles acquirent une foule de travers, qui ne les rendirent pas plus séduisantes. On leur refusait tout. Elles étaient tenues en suspicion continuelle. On les traitait comme des enfants. Elles s'unirent instinctivement entre elles. « La finesse native de leur intelligence se tourna en dissimulation et en dangereux enfantillages : elles devinrent artificieuses, elles eurent des défauts d'écoliers, le goût des cachotteries des intrigues, des relations clandestines, des commérages, des petits complots domestiques..,, Et les hommes furent encore plus mal disposés contre elles. Au lieu de diminuer, leur indifférence ne fit que grandir. Parfois même, il s'y mélangea quelque animosilé.

C'est pourquoi il est si rare que nous trouvions, à cette époque, dans la littérature, des portraits de femmes qui soient exacts. L'Athénien fait si peu attention à elles, qu'il ne conçoit pas de beauté en dehors de la sienne, et qu'en voulant dessiner leur visage, par une méprise étrange. Il lui donne une ressemblance avec le sien». Les vierges de Sophocle! Electre et Antigone ont une raideur dans la volonté et une opiniâtreté dans la passion qui n'est pas naturelles. C'est plutôt dans les rôles secondaires, ceux de Chrysothémis et d'Ismène, que la vérité paraît mieux observée. Ils sont plus fins, plus nuancés, en un mot, plus

I. ^- Crouet, Histoire delà Litlérature grecque, m p 335 ii^,^'J[°^ """i"",^. '«'?<*»"™ idenUque est sensible dans la sculpture du V siècle La

HÔLE KKFACÉ DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ AÏTIQUE 3o7

justes. Toutes les fois que Sophocle veut attirer nos regards sur une des héroïnes principales de ses drames, il projette sur elle une lumière si crue que ses traits nous paraissent presque virils. Au contraire celles qui restent au second plan conservent une attitude harmonieuse' Leur visage, leurs gestes, noyés dans la pénombre, gardent une discrétion charmante qu'elles perdraient peut-être, si nous les voyions plus distinctement.

Tecmesse et Déjanire, il est vrai, malgré l'importance de leur rôle restent de véritables femmes. Mais, là encore, la tyrannie de l'homme est s. visible qu'elles ne doivent qu'à l'égoïsme et à la dureté de celui avec lequel elles vivent, la souffrance qui donne à leur visage son originalité douloureuse. Pour Déjanire, il suffit de rappeler l'abandon cruel d'Héraclès. Quant à Tecmesse. Sophocle, en lui prêtant toutes ses qualités, la douceur, le dévouement, la tendresse inquiète et mélangée de crainte, n'a peut-être fait d'elle un être si attirant que parce qu'il concevait volontiers dans cette posture humiliée le rôle de la femme à l'égard de l'homme. Car Tecmesse n'est pas une épouse. Ce n est pas non plus une esclave. Sa situation est intermédiaire Elle est la captive d'Ajax., celle qu'il aime et qu'il rudoie ^ quand il lui plaît.

Eunpide est donc le premier poète tragique qui ait donné aux femmes, dans son théâtre, le rôle auquel elles pouvaient prétendre et qu'elles ne jouaient pas encore dans la société attique. Celle-ci ne les avait pas admises dans son sein. Elle conservait un caractère viril très accusé, et manquait de sensibilité, de grâce, de passion II en était quelquefois de même dans la tragédie du temps. On composait des drames parfaits sans doute, mais un peu particuliers, où la femme n'apparaissait pas. Tel est le Philoctète de Sophocle 3; Mais la réalité de tous les jours est plus diverse, plus mélangée, plus ondoyante. Et l'on accordera, sans doute, que les rapports qui unissent entre eux les sexes différents ne contribuent pas le moins à la rendre

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