Médée^ v. 690 sq
4. Ce qui n'empêchait pas Ménéias, défendant la cause de sa fille, de prétendre que l'homme et la femme avaient les mêmes droits. Andromaque, v. 67a sqq. Le passage est, il est vrai, suspect à Hirzel.
5. La plupart des maris ne devaient guère avoir sur l'amour d'autre théorie que celle dont Andromaque nous donne un résumé brutal dans les Troyennes, v. 665 sqq.
6. Hippolyte, v. 6i6 sqq. Cf. Médée, v. SyS sqq., où Euripide annonce une pro mière fois son idée, sans la développer. 11 le fera trois ans plus lard.
7. Notez que la déesse de leur cité, Athèna, n'avait pas de mère.
LA CRITIQUE DES FEMMES 3i3
femme. Car, à quoi servait-elle? A enfanter i. Or, le temps de sa fécondité est assez court, et elle était si encombrante pendant les autres années de sa vie ! On pouvait donc juger que les dieux avaient mal disposé les choses, et, sans faire sourire, leur proposer une modification. La femme tenait si peu de place dans le cœur de l'Athénien ^ et son amour allait si volontiers ailleurs !
Nous touchons à un point délicat, sur lequel il est si déplaisant d'insister qu'on ne l'a jamais, que je sache, étudié même en partie. Je n^en dirai qu'un mot. Nous sommes dans un pays où l'amour a été si perverti queZeus, époux d'Héra, est aussi l'amant de Ganymède3. Pour comprendre aujourd'hui les aberrations des Grecs, il faut lire les boufTonneries qu'Aristophane débite dans le Banquet de Platon. On croit d'abord que ce sont des rêves. On se dit que celui qui les fait n'a pas l'esprit lucide, et que le vin lui a troublé la cervelle. Et pourtant, ces folies, après réflexion, sont trouvées assez ingénieuses pour nous expliquer toutes les réalités de l'amour antique. Ainsi, pour les concevoir, U est nécessaire d'avoir un instant l'imagination de l'homme ivre. Platon n'a-t-il pas fait développer par Lysias le thème risqué des premiers chapitres du Phèdre? Sans doute, dans ceux qui suivent, son maître intervient comme un dieu qui purifie et transfigure. Mais l'écrivain reste lui-même avec une si misérable idée des rapports qui peuvent unir les sexes difl'érents, qu'il en est réduit à inventer l'amour qui porte son nom. D'ailleurs, au théâtre, le vice grec s'étalait sans voiles, et formait le sujet de tragédies entières. Et l'homme n'était pas le seul que cette corruption eût atteint. N'oublions pas les odes de Sappho. Si, dans la première pièce de nos recueils, on peut à la rigueur conserver quelques doutes 4, dans la seconde où les expressions sont si brûlantes, que ni chez les anciens ni chez les modernes, on n'en a
^ I. Même dans l'acte par lequel la femme assure la perpétuité de la race, l'homme n ayail-il pas l'extraordinaire outrecuidance d'assurer que son rôle était plus impor- UdI que le sien? Celui de la mère, disait-il, est passif, comme est le rôle de la terre qui reçoit la semence. Cf. Oreste, v. 55i sqq. Remarquez que l'idée n'est pas d'Euripide, et que ce n'est pas un ennemi prétendu des femmes qui l'a inventée a. Ûanaé, fragm. 819.
3. Euripide l'eu blâme. Troyennes, v. 845 sqq. Cependant il a écrit le Chrysippe.
4. Selon qu on lit au vers a4 de VHymne à Aphrodite lôéXodav avec les manuscrits ou eQsAOKTtt avec Qergk.
3l4 EURIPIDE ET SES IDÉES
jamais imaginé de telles, ce n'est pas d'un homme que cette femme étrange est amoureuse. Il est vrai que Sappho était Lesbienne.
Tout cela ne contribuait guère à relever l'état moral des femmes ni à ennoblir leur rôle. Si donc Euripide répète jusqu'ici, dans ses vers, les critiques que la société de son temps formulait contre elles, il les continue encore lorsqu'il leur reproche l'importance qu'elles donnent à l'amour. C'est une des galanteries que les époux de son théâtre adressent quelquefois à leur femme : ils la jugent trop exigeante «.Car leur impertinence n'a pas de limites. Mais n'était-il pas naturel que la femme défendît, peut-être avec plus d'ardeur que d'adresse, la seule chose dont on ne l'eût pas tout à fait dépouillée? Et, d'un autre côté, comme l'homme se détournait de plus en plus de la femme, n'était- il pas porté à trouver toujours trop grosse la part qu'il lui laissait? Il est concevable que des motifs futiles aient été prétexte à récriminations. Or, en ces délicates questions, les reproches jaloux sont toujours une faute. Au lieu de rapprocher, ils éloignent. La femme, guidée par son seul instinct, ne le sentait peut-être pas assez. Elle disait trop haut ce qu'elle aurait dû dissimuler et ne laisser jamais entrevoir. Elle commettait même l'impardonnable sottise d'avouer que Cypris était de toutes les déesses celle qu'elle vénérait le plus. Et cette confession inouïe, elle la faisait non pas à une amie, mais à une rivale». Ne savait- elle pas que, dans l'amour, il importe, si l'on veut gagner, de bien cacher son jeu? C'est Euripide, il est vrai, qui lui attribue celte maladresse énorme, mais on ne peut guère admettre qu'elle l'ait jamais commise. En faisant parler une femme, un homme d'esprit lui prête parfois un langage inconcevable à la plus simple.
Les femmes jouaient donc dans la société attique un rôle à peu près nul. Les hommes prétendaient ne pas s'occuper d'elles 3. Leurs maris les négligeaient. Ainsi délaissée, l'Athénienne cherchait quelquefois