LA FEMME IDÉALISÉE
n'ont pas tous les personnages d'Euripide, car elle est dans l'âge de l'hymen et la mort doit lui paraître cruelle. Au moment de l'adieu suprême, sans faiblesse, elle quitte lolaos, Alcmène et ses frères éplorés. Elle ne leur demande qu'un tombeau qui lui tiendra lieu d'enfants et remplacera pour elle sa virginité qu'on immole.
Qu'on ne prétende pas que son sang-froid est invraisemblable et que le sacrifice qu'elle fait ne semble pas lui coûter assez. Sans doute, eUe meurt, sans dire l'adieu accoutumé au soleil de son pays. Mais n'a-t-elle pas peur de faiblir? Sur le point de fermer les yeux à la lumière, si elle en disait la douceur et les caresses, serait-elle assez sûre d'elle pour ne pas éclater en sanglots? Macarie est une vierge désespérée de la vie, qui se plonge dans la mort avec un élan farouche. Elle souhaite d'y trouver l'anéantissement total. Malheureuse sur la terre, elle compte ne pas retrouver ailleurs une pareille souffrance i. Là est la raison de son attitude. Elle s'avance vers le sacrifice sans détourner la tête. Son beau visage ne change pas. Ses yeux sont secs. Mais, comme elle est femme et qu'elle se défie de ses forces, elle a soin de ne pas parler de ce qui pourrait lui tirer des larmes. Ainsi, dans un effort suprême de volonté, devant le gouffre où elle se précipite, elle nous cache l'horrible révolte de sa jeunesse, au point de nous paraître impassible.
Macarie ne fait que traverser l'action d une pièce languissante. Si les personnages qui l'entourent sont un instant éclairés du reflet de sa beauté, dès qu'elle disparaît, la lumière diminue sur la scène et l'intérêt décroît. Polyxène est une création plus achevée. Nous ne la voyons pourtant que pendant les moments assez courts qui s'écoulent entre l'arrêt de mort que les Achéens ont prononcé contre elle et l'exécution de cet arrêt. Mais ces moments sont inoubliables.
Elle est la fille de la douloureuse Hécube, qui a uni dans sa seule vie toutes les extrémités des choses humaines, puisque après avoir été reine de Troie, elle est devenue l'esclave d'Agamemnon^. Aussi, quand la jeune fille apprend qu'elle va être sacrifiée aux mânes d'Achille, elle ne gémit pas sur elle-même, mais sur sa mère, caria
1. Héraclides, v. BgS sqq. C'est sur cette déclaration finale qu'elle quitte le théâtre.