‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 280 sur 362 · Hécube, V. 53 sqq · texte numérisé non relu

Hécube, V. 53 sqq

vie, elle ne peut la regretter, et la mort lui paraît désirable. Elle prend soin de nous expliquer pourquoi elle pense de la sorte i. Polyxène est la dernière fille de Priam, la plus belle peut-être et la plus infortunée. Puisqu'elle est tombée dans l'esclavage, elle rejette une existence qui lui est devenue odieuse. Tous les espoirs étaient permis à sa jeunesse. Elle était la fiancée glorieuse et désirée. Parmi les femmes de l'Ida, elle était reine. On l'admirait entre toutes les vierges d'Asie. Elle était enfin l'égale des déesses, sauf sur un point : celles-ci seules sont immortelles. Maintenant que sa patrie est anéantie, que son père a succombé, qu'une vie d'opprobre lui est réservée, comme à toutes les Troyennes, qu'elle appartiendra au maître qui l'achètera, qu'il lui faudra s'abaisser à des besognes serviles, elle a hâte de mourir, car un esclave, acheté au hasard, pourrait souiller celle qui fut destinée à des rois a. Elle réserve pour la fin le trait qui est le plus fort. L'idée seule de cet opprobre est insupporUble à Polyxène. Elle parle sans fausse pudeur d'une chose qu'elle est bien décidée à ne pas subir. Pour nous faire comprendre leurs répugnances intimes, les jeunes filles sont bien obligées, au théâtre, d^exprimer tout haut ce qu'elles se murmureraient à peine tout bas.

La mort de son héroïne a inspiré à Euripide une des belles descriptions qu'il ait faites. On croirait volontiers qu'il a vu la jeune vierge tomber sous l'épée du sacrificateur, si Ton ne savait, pour la féliciter, que la Grèce du v siècle n'immolait plus sur ses autels de victimes humaines. Cette description est précise et même un peu cruelle à cause de sa précision même. De l'horreur du tableau, où le sang met une tache douloureuse, du corps de l'infortunée qui se dresse au haut d'un tertre 3 et se profile dans la lumière, nous voudrions presque ne pas apercevoir certains détails qui nous font mal : « Polyxène, à l'ordre d'Agamemnon, saisit son péplos et, le déchirant du haut de l'épaule jusqu'au ventre et jusqu'au nombril, elle met à nu ses seins, sa poitrine, sa beauté de statue. Puis, elle fléchit le genou et prononce ces paroles : « Voilà ma poitrine, jeune homme; si tu veux la frapper, » frappe. Aimes-tu mieux m'égorger ? Voilà ma gorge, elle est prête. »' Et Néoptolème, ému de pitié, voulant et ne voulant pas, tranche avec

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