Acharniens, v. 4ia sqq. ; Grenouilles, v. 84a
5. Philoctète, V. 38 sq. Cf. v. ^74 sq., v. 483, v. 620, v. 788 sqq.
^ 6. Œdipe à Colotie. v. 1 sqq., v. 1^0 sqq., v. 555 sqq., v. 744 sqq., v. ia54 sqq. Il n est, pour ainsi dire, aucun personnage qui n'entre en scène dans ce drame, sans recommencer, à la vue d'OEdipe, la description de sa misère.
lES ROIS. LEUR FAIBLESSE INTELLECTUELLE 33i
sait la valeur de ces innovations, et leur effet infaillible sur la foule Sa science du théâtre, qui n'a pas été surpassée, est une garantie de leur efficacité.
Allons plus loin. Tous les rois d'Euripide ne sont pas couverts d'oripeaux pitoyables, mais même parmi ceux qu'il n'a pas dépouillés de leur manteau éclatant, un grand nombre pourraient avec raison se plaindre de lui pour une autre cause: il est, en effet, le créateur de ce qu'on peut appeler le roi de tragédie, personnage aussi pompeux que borné, dont la sérénité d'esprit est inaltérable, surtout quand il commet quelque sottise. Cet être artificiel, grand ami des maximes qui lui épargnent tout effort de pensée, ne change jamais rien à l'immuable ligne droite de sa conduite. Tel il est au premier vers, qu'il aime à prononcer d'une voix solenneUe, tel il sera au dernier. Ce n'est plus un être intelligent, c'est un automate de théâtre.
Thésée, père d'Hippolyte. ouvre la liste de ces personnages. Il faut dire que d'autres sont plus inintelligents que lui. car le poète n'est pas arrivé du premier coup à la perfection. Il suffira de rappeler comme ce roi envoie à la mort son fils unique, sans un soupçon de ce qui s'est passé, sans un tressaillement de son âme épaisse, pour faire admettre à tous, je l'espère, que l'excès de perspicacité n'est pas son défaut. Lycos dans YHéradh, Adraste dans les Suppliantes, Eurysthée dans les Héraclides, Ménélas dans VAndromaque et dans VOreste (car pour ce dernier. Euripide a toujours fait bonne mesure), ressemblent à Thésée et renchérissent sur lui. Ce sont des êtres durs et obstinés, autour desquels évolue la tragédie, à laquelle ils servent, pour ainsi dire, de pivot. Et s'ils eh ont l'immobilité rigide, ils en ont aussi l'inconscience.
Cela ne grandit pas la sympathie ou l'intérêt qu'ils excitent. Très souvent, d'aiUeurs, ils sont odieux, ne s'en inquiètent pas, semblent prendre plaisir à nous froisser. D'autres fois, ils nous donnent envie de rire, bien que leur situation n'ait rien de risible. Est-ce une maladresse du poète? On ne sait.
Qu'on se rappelle Polymestor. Le piège d'Hécube est trop grossier pour réussir. Le malheureux y tombe, sans aucune hésitation. Quand il arrive sur la scène, les yeux crevés, et qu'il se demande s'il ne va
pas se mettre à marcher à quatre pattes, comme un animal des montagnesi, sa question, si surprenante dans un drame antique, n'est pas tout à fait dénuée de naturel en sa bouche, tant il a les hurlements, la rage des bêtes et leur intelligence obscurcie. Ce n'est plus un homme qui est devant nos yeux et nous nous moquons presque de sa souffrance.
Et Théoclyménos, n'est-ce pas une plaisante caricature de roi? 11 poursuit Hélène d'un amour têtu, et celle-ci, obsédée de sa passion, se réfugie près du tombeau de Protée». C'est là qu'elle vit, guettée par son amoureux. 11 attend, il espère, il épie le moment où elle aura une distraction, une faiblesse. Hélène n'a pas besoin d'être fine pour le berner, mais elle y met un sang-froid réjouissant. Elle lui fait croire que Ménélas; assis près d'elle^, a succombé^ qu'elle va êtreenfinàlui, et, sans rien donner, obtient ce qu'elle veut, un navire. Théoclyménos y ajoute même ce qu'elle ne demandait pas, des vêtements, des armes, des vivres pour son rivais, tant il a peur de ne pas être assez ridicule. 11 prête donc à Hélène la pentécontore phénicienne 6, sur laquelle elle s'échappe. D'autres que lui auraient des soupçons. Ce sacrifice en pleine mer à l'âme d'un noyé, en compagnie d'un inconnu, ne leur dirait rien qui vaille. On peut d'ailleurs espérer un instant que Théoclyménos va se douter de quelque chose. Au moment où Hélène s'embarque, il la supplie de n'en rien faire 7. A-t-il de la méfiance? En aucune façon, mais il craint, le sot, que dans l'emportement de sa douleur, celle qu'il aime ne se jette à la mer, ce qui lui ferait de la peine. Comme s'il éprouvait le besoin de se faire pardonner ce semblant de clairvoyance, il veut, pour que les choses aillent plus vite, aider lui-même à mettre le navire à l'eau». Cette fois-ci Euripide exagère; on n'est pas à ce point stupide. Il faut qu'Hélène ait pitié de son amoureux et lui rappelle qu'il a des esclaves que ce soin regarde, pour qu'il consente à ne pas dépasser les limites permises de la bêtise.