LES ROIS. LEUR FAIBLESSE INTELLECTUELLE
Thoas est un frère de Théoclyménos, mais comme il n'est pas amoureux, il est moins ridicule. Lui aussi se laisse duper avec une facilité déconcertante. Lorsqu'il surprend Iphigénie, qui enlève du temple la statue d'Artémis», il ne peut s'empêcher de lui demander quelques explications, mais ce n'est que pour accepter, sans répugnance, la fable qu'elle lui conte. Les prisonniers seront donc purifiés dans la mer, et lui, le roi, restera devant le temple, une torche à la main, pour en effacer les souillures 2. (Cette torche est une invention joyeuse.) Quand les fugitifs passeront devant lui, il aura soin, pour ne pas les voir, de se voiler la face de son manteau 3. Comme leur absence sera peut-être longue, la prêtresse l'exhorte d'avance à la patience^. Thoas, qui est de bonne composition, se prête à tout.
11 a donc l'esprit très simple, et la ruse, qui ne lui est pas familière, il ne sait pas la flairer en autrui 5. C'est ce qui donne à ses paroles un sens imprévu, qui ne lui est pas favorable. Quand il s'imagine qu'lphigénie pense à lui, au moment où elle parle d'Oreste et de Pylade, il se trompe lourdement 6. S'il joint ses vœux aux siens, quand elle souhaite que la purification projetée ait le succès que la jeune fille espère, il ne sait pas la sottise qu'il commet 7. Dans les deux cas, Euripide ne le ménage guère.
Mais ce barbare a conservé sa cruauté native, et cela ne lui nuit pas. Dès qu'il voit qu'on s'est moqué de lui, aussi féroce qu'il était placide tout à l'heure, il crie qu'il fera empaler sur des perches aiguës les Grecs fugitifs, s'il les rattrape. Il lance vers eux ses gens sur des chevaux, sur des barques 8. On n'a plus envie de rire. On lui sait même gré de sa fureur; elle a un double avantage : elle nécessite l'apparition d'Athèna, et elle donne à celui que la déesse apaise, un peu de relief et de vérité.