Médée, v. 964 sq. Cf. Platon, République, Ul, p. 390 E
serait de la dernière naïveté d'avoir confiance. C'est, je crois, dans ce sens qu'il faut interpréter les déclarations qui précèdent.
Euridipe n'était point pauvre, mais contre la force grandissante de l'or il éprouvait de l'humeur. Substituer à la tyrannie des nobles la tyrannie des riches ne le satisfaisait pas : il rêvait autre chose. Un fait est incontestable, la fortune donne la puissance. La poursuite égoïste de l'argent peut donc énerver les plus patients, qui n'y prennent aucune part. Ils prévoient que ceux qui posséderont seront un jour les maîtres. Comme ces gens sont des médiocres, ou quelque chose de pire, ils frémissent à l'idée de pouvoir leur être soumis. Ainsi, l'honnête Xénophon s'irrita un jour contre un de ses compagnons d'armes, dont toutes les actions étaient dirigées vers le lucre. Son irritation fut si tenace, qu'elle ne cessa point quand fut mort celui qui en était l'objet. Le portrait qu'il nous a laissé de Ménon, le Thessaliem, - être rapace, sorte de bête de proie, fort dangereuse pour les faibles, — prouve deux choses : d'abord, que l'amour de l'argent n'était pas particulier aux Athéniens et que cette passion commençait à s'étendre partout ; ensuite, que l'aversion provoquée par un pareil amour ne fut pas éprouvée par le seul Euripide. Mais quand Xénophon se redresse pour crier hautement son mépris, Euripide, plein d'ironie, semble au contraire tout accepter sans répugnance ^ Gardons-nous de prendre le change. Dire que la puissance de l'argent est universelle, ce n'est pas la reconnaître, mais condamner les êtres mous qui n'ont pas le courage de s'y soustraire.
D'autant plus qu'il n'a pas épargné ses critiques aux riches. Il a bien vu que la pauvreté, comme une maigreur agile, prédispose au succès, et que la fortune alourdit l'esprit qu'elle endort. Elle aveugle ceux qu'elle favorise et les rend incapables de continuer à la posséder. Elle leur met un bandeau sur les yeux 3.
Les parvenus s'imaginent toujours qu'ils ne doivent jamais leur succès qu'à eux-mêmes. Ils négligent toutes les circonstances qui les ont poussés par hasard, et dont ils prétendent orgueilleusement avoir