Cf. Prévost-Paradol : De la maladie et de la mort
LES PAYSANS. L auTOupyo; 34i
à peine, Euripide, avec cet amour des nuances et des demi-teintes qui le caractérise, tourne les yeux vers les gens qui vivent dans cet état de médiocrité heureuse, dont il a souvent parlé avec éloges. En tête de ces Athéniens dont l'avoir est modeste et la vie enviable, il faut placer le Laboureur de VÊlectre, ce représentant de la petite bourgeoisie rurale, pour lequel le poète a eu tant de complaisance.
Il y a des créations qui, dans la vie cérébrale des écrivains, passent comme des météores, aussi éclatants que fugitifs. Celle-ci n'est pas de ce nombre. Il la réalisa en 4i3, mais il se la rappelait encore cinq ans plus tard, en 4o8i, et même en Macédoine, dans les derniers mois de sa vie, il ne l'avait pas tout à fait oubliée 3. Elle ressemblait à ces figures de rêve qui ne peuvent s'évanouir de l'esprit, et dont on retrouve au fond de sa mémoire les vestiges aimés, sans qu'on les cherche.
Nous avons donc ici un être euripidéen par excellence, puisque Euripide a tant de fois songé à lui. Il vaut la peine d'être étudié avec quelque soin. Il nous aidera à connaître la pensée de celui qui l'a créé, pensée très généreuse, très pure et, il faut bien le dire, un peu chimérique.
L'aÙTOupY^ç n'est pas un intellectuel. Comme son nom rindique3, il cultive de ses mains le champ qui le fait vivre. Il fuit la foule et ne doit avoir pour les sophistes qu'une estime modérée. C'est un laboureur obscur des environs de Mycènes.
Il est pauvre, et, comme il faut s'y attendre, il a l'âme très noble. 11 le dit peut-être trop^ mais nous sommes au théâtre, où les gens doivent nous prévenir eux-mêmes de leurs qualités, s'ils veulent que nous en soyons instruits.
Or, cela est de la plus grande importance. Euripide, lassé des vaines agitations d'Athènes, oppose la vie des champs à celle de la cité, et s'efforce de nous faire préférer la première à la seconde. Son paysan