‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 309 sur 362 · Ibid., VF, V. 218 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., VF, V. 218 sqq

et ne se voit même pas elle-même? L'imagination, à ce spectacle, n'associait-elle pas invinciblement des idées de plaisir, de volupté? Les artistes eux-mêmes n'avaient-ils pas contribué à la corruption? Quel tableau que celui par lequel l'honnête Xénophon termine son Banquet! La vue des amours de Dionysos et d'Ariadne a si enflammé les convives, que ceux d'entre eux qui sont mariés enfourchent des chevaux, pour aller plus vite retrouver leur femme». Mais les autres, où allèrent-ils ?

Les esclaves d'Euripide le savaient bien. Toutes les captives de son théâtre sont certaines qu'elles ne seront pas respectées. Si eUes souhaitent quelquefois d'être amenées à Athènes, plutôt qu'en une autre villes, c'est une politesse gratuite qu'elles font à leur maître, et qui ne changera rien à leur existence. Elles envient la vieillesse, pour qu'il les laisse enfin tranquilles 3. Elles n'ont qu'à compter sur sa grossièreté. L'aversion physique qu'elles peuvent lui témoigner ne le décourage même pas. Ne dit-il point, comme tous ses pareils, qu'une seule nuit triomphe de la répulsion d'une femme pour les embrassements de l'homme 4. Une semblable maxime en dit long sur les sentiments des Athéniens et sur leur délicatesse. Ce qui était à appréhender pour les esclaves, ce n'étaient donc pas les caresses de leurs compagnons d'infortune, comme le croyait Polyxène, c'étaient plutôt les autres.

Car les unions entre esclaves n'étaient pas vues d'un très bon œil : il était plus économique d'acheter adultes ces malheureux, que de les élever chez soi, puisque, pendant les années de leur enfance, on risquait de les perdre et qu'ils coûtaient cher à nourrir. C'est un calcul que nos paysans n'ont pas oublié pour leurs bœufs et leurs chevaux. Il fallait donc que les esclaves fussent excellents, pour qu'on tolérât qu'ils eussent des enfants. Ischomaque ne leur permet de s'unir qu'à cette condition expresse. Les médiocres et les mauvais n'ont rien à espérer de lui : il craindrait d'accroître leur engeance malfaisante 5. Notez qu'il ne s'agissait pas de mariage véritable : c'était une faveur

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