Andromaque, v. 56 sqq., v. 88 sqq
une âme servile». La vraie noblesse est dans la raison a. Ce sont des vérités qu'Euripide, sans élever la voix, a formulées simplement II n'a jamais dressé l'esclave en face du maître. Il ne lui a pas donné des airs insolents, des gestes de défi. Au contraire, il lui a gardé son humilité qui touche. D'ailleurs, les Athéniens, gens de goût, n'auraient jamais écouté, que pour en rire, les déclamations de nos valets romantiques. A l'origine, tous les hommes étaient égaux 3, et c'est la force seule qui a créé l'esclavage^. Mais la force est injuste par essence. Donc, l'esclavage est une injustice. Euripide ne l'a pas dit. Il a vu seulement que, dans la société de son temps, il fallait qu'il y eût des esclaves qui travaillaient pour les autres, puisque c'était grâce à eux que vivaient les hommes libres 5.
Inconsciemment ou non, il a dédommagé ces malheureux, en leur donnant dans ses drames une importance qu'ils n'avaient peut-être pas toujours dans la vie ordinaire. Comme il a diminué la taille des grands, il a aussi élevé celle des humbles : c'est la tendance générale de son esprit. Chez lui, les esclaves ont une liberté de parole dont ils n'ont certainement pas joui ailleurs qu'à Athènes. Le maître est heureux de les posséder 6. H souffre qu'ils lui reprochent sa lâcheté, et n'est pas fâché qu'ils se substituent à lui dans l'exécution d'entreprises qui lui font peur 7. 11 écoute leurs conseils 8, et n'a pas toujours lieu, s'il les néglige, de s'en féliciter î>. Car ces gens, malgré la bassesse de leur condition, sont presque toujours fort sensés. On les entend même exprimer certaines idées, auxquelles ils ne devaient pas s'arrêter tous les jours. N'est-ce pas un esclave qui nous dit ce qu'Eu-
1. Hélèney v. 728 sqq. ; Ion, v. 854 sqq. ; Mélanippe enchaînée, fragm. igS, v. 4o sqq., fragm. 5ii ; Phrixos, fragm. 83 1 ; Alexandre, fragm. 67, avec la correction de Cobel. Cf. Sophocle, /. F. F., 854.